Son discours, tel que nous le lisons, reproduit une partie seulement des choses qu’il exprima, et sans viser à une translation littérale. La scène n’en est pas moins grande, comme, dans l’Alceste d’Euripide, le départ d’Héraclès, saluant le roi Admète, la femme qu’il a sauvée, et leur peuple heureux. Mais elle est autrement belle : au lieu de s’en aller vers un obscur destin subi par nécessité, Paul monte à Jérusalem avec la joie de souffrir pour son Maître et comme Lui. Il n’a pas restitué à ceux qu’il aime la lumière douce à respirer ; il leur dispense le bonheur sans fin. Et cependant la perspective du Paradis n’ôte rien à l’humaine effusion, entre eux, d’une tendresse naïve et profonde qui s’afflige dans l’espérance.
« Vous savez, dit-il, depuis le premier jour où j’ai mis le pied en Asie[371], comment je me suis comporté tout le temps avec vous, servant le Seigneur en toute humilité, dans les larmes et les épreuves qui survinrent par les machinations des Juifs, et que je n’ai jamais reculé ni omis ce qui pouvait vous être utile pour vous prêcher et vous enseigner en public et dans les maisons, attestant, pour les Juifs comme pour les Hellènes, la loi du repentir envers Dieu et la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
[371] Dans la province d’Asie, à Éphèse et dans la région.
« Et maintenant, lié en esprit[372], je vais à Jérusalem, sans savoir ce qui m’arrivera, sinon que l’Esprit Saint, dans chaque ville (par ses prophètes), m’avertit que chaînes et tribulations m’attendent. Mais je ne tiens compte de rien et je fais bon marché de ma vie pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu de la part du Seigneur Jésus : proclamer l’Évangile de la grâce de Dieu. Et maintenant, voici, je sais que vous ne verrez plus mon visage, vous tous parmi lesquels j’ai passé, annonçant le Royaume de Dieu. C’est pourquoi je vous prends à témoins, aujourd’hui, que je suis pur du sang de tous[373] ; car je n’ai jamais reculé pour vous annoncer toute la volonté de Dieu.
[372] Ces termes, peu clairs, signifient, semble-t-il : me considérant déjà comme un captif, ou : lié par une impulsion intérieure.
[373] Il entend : Si vous vous perdez, je suis innocent de votre damnation, ayant tout fait pour vous sauver.
« Prenez garde à vous et à tout le troupeau où l’Esprit Saint vous a placés comme évêques[374], pour paître l’Église du Seigneur, qu’il s’est acquise par son sang. Je sais qu’après mon départ entreront chez vous des loups terribles, qui n’épargneront pas le troupeau ; et d’entre vous se lèveront des hommes qui diront des choses perverses pour entraîner les disciples à leur suite.
[374] Évêques est alors synonyme de presbytres, mais avec un sens de ministère sacerdotal plus marqué.
« C’est pourquoi, veillez, vous souvenant que, durant trois années, je n’ai pas cessé, avec des larmes, d’exhorter un chacun. Et, maintenant, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, à lui qui a pouvoir d’édifier et de donner l’héritage parmi tous les sanctifiés.
« Je n’ai désiré ni argent, ni or, ni manteaux. Vous savez qu’à mes besoins et à ceux de mes compagnons ces mains ont pourvu en tout. Je vous ai montré qu’il faut, en travaillant ainsi, soutenir les faibles et vous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, et qu’il a dit lui-même : « Donner, c’est plus de béatitude que recevoir. »