Ayant dit ces choses il s’agenouilla et pria avec eux tous. Et tous pleurèrent beaucoup ; et, s’étant jetés au cou de Paul, ils l’embrassaient, affligés surtout de la parole qu’il avait dite, qu’ils ne reverraient plus son visage. Et ils le reconduisirent jusqu’au pont du vaisseau.
Paul et ses compagnons, poussés par un bon vent, vinrent, de Milet, droit à Cos, puis, le lendemain, à Rhodes et à Patare. Le navire n’allait pas plus loin ; un autre était là, en partance pour la Phénicie ; ils s’y rembarquèrent. Ils laissèrent Chypre à leur gauche, firent voile vers la Syrie, et abordèrent à Tyr. Leur bateau s’y arrêta, ayant une cargaison à décharger.
Une petite communauté chrétienne les reçut en ce port déchu de son antique richesse. Ils restèrent là sept jours, jusqu’à ce qu’on pût reprendre la mer. Quand ils partirent, les chrétiens, avec leurs femmes et leurs enfants, les reconduisirent sur le rivage ; tous s’agenouillèrent pour prier, et, tristes, tandis que le navire s’éloignait, les fidèles rentrèrent chez eux.
C’est à Ptolémaïs que Paul débarqua ; il y fit halte et « salua les frères » ; la caravane se rendit par terre à Césarée, la ville où il devait revenir chargé de chaînes pour le Christ.
Philippe, évangéliste[375] et diacre — l’un des Sept hellénistes à qui les Douze avaient imposé les mains — gouvernait l’église de Césarée ; ses quatre filles, vierges, étaient douées du don de prophétie. Il reçut dans sa maison Paul avec ses disciples et les y retint quelques jours. On peut croire que les vents favorables, la coïncidence des vaisseaux rencontrés avaient abrégé le temps prévu au départ pour qu’on fût certain d’atteindre, à la Pentecôte, Jérusalem. Paul trouvait, d’ailleurs, en Philippe un saint qui avait vu Étienne et les premières années de l’Église, un contemporain du Seigneur.
[375] On appelait de ce nom les chrétiens qui, sans avoir le titre d’apôtres ou de prophètes, annonçaient de ville en ville Jésus comme le Messie.
Pendant qu’il était chez lui, un prophète ayant nom Agab — était-ce le même qui avait annoncé à Antioche la famine de Jérusalem[376] ? — vint dans la maison et, dès qu’il aperçut Paul, s’approcha de lui, s’empara de la ceinture que l’Apôtre portait autour des reins ; il fit le simulacre de s’en lier les mains et les pieds ; et, avec un accent très solennel :
[376] Actes XI, 28.
— Voici, proféra-t-il, ce que dit l’Esprit Saint : L’homme à qui appartient cette ceinture, les Juifs, à Jérusalem, le lieront de la sorte, le livreront entre les mains des gentils.
Ces paroles alourdissaient les prévisions de l’Apôtre ; il allait à Jérusalem pour y pâtir beaucoup. Ses compagnons et les gens du lieu se mirent à sangloter ; ils le supplièrent de ne pas continuer sa route. Mais Paul les gronda doucement et répondit :