— Pourquoi pleurez-vous ? Pourquoi me brisez-vous le cœur ? En vérité, je suis prêt non seulement à être enchaîné, mais à mourir à Jérusalem, pour le nom du Seigneur Jésus.

Son obéissance à l’épreuve changea en résignation leurs alarmes.

— Que la volonté de Dieu soit faite, dirent-ils.

Ce chagrin de savoir qu’il souffrirait contredisait leur foi au Messie glorifié par la souffrance. Mais leur pitié ingénue est plus vraie que l’héroïsme déclamatoire de stoïciens raidis.

La montée de Paul à Jérusalem imitait celle de Jésus, quand il vint y célébrer la Pâque, sachant que la grande victime, c’était Lui. Paul n’avait qu’une vue, d’avance, imparfaite des traverses qui l’attendaient. Une joie divine surpayait l’anxiété de cette marche au supplice. La confiance lui demeurait de survivre aux calamités prochaines ; il pressentait que sa mission n’était pas finie.

Arrivée dans la ville sainte, la caravane logea chez un certain Mnason, cypriote, disciple helléniste, converti de « vieille date ». Paul avait à Jérusalem une sœur dont le fils servira efficacement son oncle prisonnier. Il serait frivole de se demander pour quels motifs il ne fut pas hébergé sous son toit.

Une chose immédiate le préoccupait : l’accueil qu’allaient lui faire Jacques et les anciens. Dès le lendemain, il se rendit auprès de Jacques ; les chrétiens notables de Jérusalem furent conviés à cette réception. On devine qu’il déposa aux pieds des presbytres le produit de la collecte. Il apportait une preuve palpable de la ferveur des gentils. L’assemblée l’écouta bénévolement « raconter en détail ce que Dieu avait fait chez les gentils par son ministère ».

Les presbytres louèrent le Seigneur des grandes merveilles qu’il opérait. Cependant, quelques-uns d’entre eux, voulant à la fois éprouver la sincérité juive de Paul et le prémunir contre les attentats des Juifs, lui proposèrent cet acte de dévotion :

« Nous avons quatre hommes qui ont sur eux un vœu ; prends-les, purifie-toi avec eux ; et paie pour eux, afin qu’ils fassent raser leur tête ; ainsi tous connaîtront que rien de ce qu’on raconte sur toi n’est vrai, mais que tu te conduis, toi aussi, en gardant la Loi. »

Les quatre hommes pauvres qui ne pouvaient s’acquitter de leur vœu étaient des nazirs[377] ; pour un temps qui devait durer au moins trente jours, ils s’étaient consacrés à Dieu ; et leur vœu impliquait trois obligations : s’abstenir de raisins et de vin, ne pas se faire raser la tête, ne pas se souiller par le contact ou le voisinage d’un mort. Ce dernier point semblait la plus difficile des observances ; si un nazir foulait une terre où un cadavre était enseveli, il devenait impur. S’il manquait, même malgré lui, à l’un des trois préceptes, il recevait trente-neuf coups de lanière, offrait au Temple deux tourterelles ou deux petits d’une colombe, et recommençait son vœu.