[377] Sur le nazirat, voir Nombres, VI, et Marnas, op. cit., p. 154-155.

Pendant son nazirat, il laissait croître sa chevelure ; puis, au terme des jours de consécration, il la faisait raser, et ses cheveux étaient déposés sur le brasier du sacrifice offert en son nom. Sacrifice onéreux, puisque Moïse exigeait un agneau d’un an, une brebis d’un an et un bélier ; en outre, une corbeille de pains azymes et de gâteaux. Lorsque des nazirs indigents ne pouvaient satisfaire à la Loi, ils invoquaient l’assistance de quelque Israélite généreux.

Sans hésiter, Paul correspondit au désir des anciens :

« Ayant pris les hommes, le lendemain, purifié avec eux, il entra dans le Temple, déclara le terme des jours de purification où l’oblation serait présentée pour chacun d’eux. »

De trop curieux exégètes ont voulu s’enquérir sur quels fonds il préleva la somme due pour les quatre agneaux, les quatre brebis, les quatre béliers, et le reste. Il importe davantage de comprendre en quel esprit il participa aux observances d’une dévotion mosaïque.

Son mouvement, c’est clair, n’eut rien d’une simagrée, d’une concession qu’il aurait subie pour s’adapter au milieu juif, se fondre parmi la multitude des pèlerins, et, ainsi, détourner les attentats qu’il prévoyait.

Il n’obéit point non plus par humilité pénitentielle. Non ; il venait au Temple en pèlerin. C’était tout simple de s’associer à une œuvre pie. En quoi son Évangile lui interdisait-il d’aider de pauvres gens liés par un vœu qu’ils avaient peine à remplir ?

Détruire la Loi et ses prescriptions n’était aucunement sa pensée. Son acte charitable prouvait à ses frères et à lui-même qu’il suivait, là où ses principes l’autorisaient, la sainte discipline des ancêtres. Il dut y trouver quelque joie mystique. Sans être nazir, n’avait-il pas, en quittant Corinthe, fait un vœu lui-même ? N’était-ce pas au Temple, vraisemblablement, qu’il avait espéré l’acquitter, selon les formes admises ?

Et, quand il se présenta devant les prêtres, avec les quatre nazirs, ses protégés, il mit dans sa déclaration tout le sérieux d’un Juif dévot ; il y ajouta un sens de charité libératrice ; il savait, mieux que les prêtres, ce que signifiait l’immolation de l’Agneau ; et il offrait sa propre vie, menacée à tout instant, pour le salut des bons nazirs, pour celui d’Israël.

Assurément, un rigide sectaire se fût interdit une démarche contraire à son système. Les paroles quotidiennes de Paul auraient pu condamner son action. Ce qu’il avait dit aux Galates : « Quiconque se fait circoncire est tenu d’observer la Loi totale », il le répétait incessamment aux gentils et devant les Juifs. S’il observait encore un seul précepte de la Loi, donc il s’engageait à la suivre jusqu’au bout, sans réserve.