Cette soumission, la voulait-il, la pratiquait-il ? Trop souvent il avait déclaré : La Loi n’est plus nécessaire ; la vie du juste, c’est la foi. Or, ce qui n’est plus nécessaire en une croyance périmée, devient promptement inutile, puis méprisable.
Mais l’Église ne devait rompre avec la synagogue que par étapes. Dans la forme des prières et des rites, dans l’ordre des fêtes, la rupture ne sera jamais totale. Cette grande règle de toute création organique : « La nature ne fait pas de sauts », s’étend, en un sens, aux réalités surnaturelles. L’Ancien Testament enfermait les éléments du Nouveau. Jésus avait affirmé qu’il venait accomplir la Loi, non l’anéantir. Il s’était soumis à l’essentiel de ses observances comme s’il en consacrait de nouveau la sainteté. Paul, son disciple, croyait bien pouvoir accomplir un rite vénérable par ses origines, efficace par l’intention qui le pénétrait. Le nazirat était, au reste, une forme ascétique de consécration où le dévot se séparait du monde, pour un temps, afin « d’être à l’Éternel[378] ».
[378] Voir Fouard, Saint Paul et ses missions, t. II, p. 467.
Il ne paraît même point s’être posé le cas de conscience :
« Ai-je raison d’agir ainsi ? »
La Voix intime le poussait ; et puis, venir au Temple, y prier, y sacrifier publiquement, dans une cérémonie annoncée et payée d’avance, c’était s’exposer à la vindicte de ses adversaires. Cela, Paul savait que l’Esprit le lui demandait. Jusqu’où Dieu laisserait aller la main de ses persécuteurs, il ne s’en tourmentait guère ; il faisait ce qu’eût fait comme lui le plus obscur des pèlerins.
En revoyant le Temple, se laissa-t-il enivrer devant la magnificence d’une bâtisse qui semblait, dans l’éclat de sa force, braver les siècles des siècles ? Il connaissait la prophétie du Seigneur et voyait « la colère se hâter sur les déicides jusqu’à ce qu’elle eût son terme[379] ».
[379] I Thessal. II, 16.
L’orgueil d’être Israélite toucha-t-il son cœur libéré, lorsqu’il s’avança, plus haut que l’atrium des gentils, sur la seconde terrasse, vers le parvis des Juifs ? Là, des inscriptions grecques et latines, au fronton des pylônes, avertissaient les profanes :
« Qu’aucun étranger ne pénètre au delà de la balustrade qui entoure le lieu saint et l’enceinte. Celui qui serait pris ne devra accuser que lui-même de ce qui suivra : la mort. »