L’exclusion des gentils, il l’estimait juste dans le passé. Mais elle lui confirmait l’invincible erreur d’Israël. Il n’eût pas introduit, à l’intérieur du Temple, un païen même baptisé. Cependant, on l’en accusa, et ce fut de ce grief qu’allait partir l’émeute soulevée contre lui.
Des Juifs asiatiques d’Éphèse, arrivés pour la Pentecôte, l’avaient reconnu dans la ville, se promenant avec l’Éphésien Trophime, qu’on savait d’origine païenne, et ils inventèrent ce bruit atroce :
« Il a introduit des Grecs dans le Temple. »
Le jour où il monta pour le sacrifice des nazirs, quelques-uns de ces Juifs l’aperçurent dans le parvis des Israélites. Ils se mirent à pousser des imprécations, et se penchant sur la balustrade, du haut des marches qui reliaient la seconde terrasse à celle d’en bas, pleine de monde, ils criaient :
— Au secours, hommes d’Israël, il est là, cet homme qui enseigne partout contre la Loi, contre le Temple. Il a souillé le Lieu Saint !
Paul essayait de protester, de répondre. D’en bas, une masse de gens s’élança, le bouscula sur les degrés ; on l’entraîna vers l’issue du Temple. Tel était le respect du lieu qu’on n’aurait pas osé en polluer par un meurtre l’enceinte. Les gardiens et les lévites, aussitôt que la cohue eut franchi les portes du Nord, les verrouillèrent. Ils avaient peur que Paul ne rentrât ou qu’il ne fût pourchassé et massacré dans le saint enclos.
Entouré d’assaillants, Paul était voué à une mort inévitable. Mais, de la forteresse Antonia, de la galerie qui surveillait le Temple, le poste des soldats romains avait entendu les clameurs et suivi l’agitation de la foule.
« Toute la ville est en émeute » courut-on dire au tribun. Celui-ci prit à la hâte les centurions et les légionnaires qu’il trouva sur son passage ; ils se précipitèrent par les deux escaliers qui descendaient vers l’esplanade. L’épée haute, le tribun fendit la populace. Paul, serré, maintenu debout par le cercle des vociférateurs, avait la figure en sang. Mais il gardait la contenance d’un homme intrépide.
— Qu’a-t-il fait ? Lâchez-le. Il est à nous, tonna le tribun si impérieusement que les furieux lâchèrent prise.
Mais les uns criaient une chose, les autres une autre ; au milieu du tumulte il n’arrivait pas à comprendre qui était cet homme, pour quel crime on voulait le tuer. Il conclut seulement que son cas était grave ; par précaution, et afin d’apaiser la foule, il lui fit passer des fers aux deux poignets et commanda de l’emmener au corps de garde.