Ce petit homme à l’œil de flamme, chauve, fumant de sueur, poudreux, dépenaillé, debout contre l’énorme tour blanche, eut l’air soudain puissant comme un nabi. Il portait dans son regard et son geste ce qui révèle à une foule mystique l’envoyé d’en haut.

Il commença, en s’exprimant à dessein dans la langue araméenne, le dialecte propre au peuple juif :

— Hommes, frères et pères, écoutez-moi maintenant m’expliquer devant vous…

Sous le timbre dominateur de sa voix, sous la sonorité des mots hébraïques, les cris qui persistaient se calmèrent en murmures ; et, subitement, le silence devint profond.

Paul, une fois de plus, raconta l’erreur de sa jeunesse, la vision qui l’avait illuminé. Son apologie devant les Juifs palestiniens, c’était de rappeler qu’il avait d’abord défendu à outrance les traditions pharisiennes et persécuté ceux qui les transgressaient. De sa conduite, le grand prêtre d’alors et tout le sanhédrin pouvaient rendre témoignage. Mais, sur la route de Damas, Jésus l’avait terrassé ; il s’était soumis à la volonté du Dieu de ses pères. Haut et magnifique langage où il certifiait l’unité divine des deux Testaments !

Pourquoi avait-il prêché loin de Jérusalem, comme s’il fuyait le Temple et ses frères ? C’est qu’au Temple même une autre vision lui avait commandé :

— Pars, je vais t’envoyer au loin chez les gentils.

Jusque-là, subjugué, frappé de stupeur, l’auditoire s’était tu. A ces mots : « les gentils » les orgueils du peuple et ses rancunes contre l’étranger réveillèrent leur furie. De nouveau, la meute éclata en clameurs :

— Enlevez-le ! Enlevez-le ! Cet homme ne mérite pas de vivre !

Ils aboyaient des choses sans nom, ils déchiraient leurs manteaux, les lançaient en l’air, ils trépignaient, ramassaient à poignée la poussière et l’éparpillaient dans la direction de l’impie.