— Et moi, répliqua Paul dignement, je l’ai eu de naissance.

Sa ferme attitude redoubla les anxiétés de Lysias. Il s’attendait aux représailles du Juif, citoyen romain. Il craignait les fureurs des Juifs de Jérusalem. En livrant Paul au fouet, il avait pensé leur complaire. Quelle serait leur indignation d’apprendre que l’autorité romaine protégeait l’homme exécré ! Ce Grec, vantard et fat, démagogue et diplomate, s’avisa d’un expédient : il ferait comparaître l’accusé devant le sanhédrin ; démarche flatteuse pour un corps jaloux de maintenir ses anciennes prérogatives ; et, s’il constatait que les griefs des Juifs portaient seulement sur des querelles religieuses, il proposerait au procurateur — qui résidait à Césarée — la libération de Paul. Au reste, sa conduite ultérieure marque une bienveillance non feinte. Il avait reconnu en l’Apôtre quelqu’un de pur et de généreux.

Dès le jour suivant, il avertit le sanhédrin de s’assembler pour juger Paul. Le grand prêtre Ananie lui-même vint présider la séance. Ce vieillard avait un renom de cupidité féroce ; il envoyait ses esclaves saisir entre les mains des sacrificateurs la dîme ; et les prêtres qui résistaient recevaient la bastonnade.

Sadducéen brutal et cynique, il ne croyait qu’aux jouissances charnelles, à l’argent et aux privilèges de sa caste.

Paul se retrouva dans l’hémicycle d’une salle semblable à celle où il avait vu Étienne en extase et les juges qui grinçaient des dents, se bouchaient les oreilles. Si la part qu’il avait prise à leur crime revint le troubler d’un souvenir, il n’en laissa rien paraître. Il ne reconnaissait point à ses juges le droit de juger sa religion, mais les considérait comme des frères qu’il aurait voulu guérir de leurs aveuglements. Avant d’être interrogé, il prit la parole :

— Hommes frères, je me suis en toute bonne conscience comporté devant Dieu jusqu’à ce jour.

Ce mot : frères indigna le grand prêtre, comme un manque de respect.

— Frappez-le sur la bouche, enjoignit-il aux appariteurs.

Paul entendit l’ordre, sans discerner qui le proférait. Reçut-il les coups, les prévint-il par sa riposte ? Elle fut dure, foudroyante :

— C’est Dieu qui te frappera, muraille plâtrée[382]. Tu sièges pour me juger selon la Loi. Et, contre la Loi[383], tu ordonnes de me frapper ?