[29] Math. VI, 25.
Le dénûment, pour chacun, pouvait être une béatitude ; pour la communauté, même à Jérusalem où « cinq petits oiseaux coûtaient deux as[30] » et une fiasque d’huile un as[31], il engendrait un malaise. La volonté de perfection n’était pas égale chez tous. Certains se crurent lésés dans le partage quotidien. Des veuves, peut-être chargées d’enfants, réclamaient plus que d’autres ; autour d’elles on excitait leurs doléances.
[30] Luc XII, 6. L’as valait 3 cent. 39.
[31] V. Schwalm, Vie privée du peuple juif, p. 340.
Elles appartenaient à des familles de Juifs hellénistes, de ceux qui, ayant séjourné en Cilicie, en Cyrénaïque, en Égypte, à Rome, parlaient la langue internationale d’alors, le grec commun, la koïné.
Ces hellénistes, nous les retrouverons en face de Paul, remuants, grondeurs, fanatiques. Comme ils étaient revenus de l’étranger dans la ville sainte, ils faisaient sonner haut leur zèle religieux, et formaient, sans doute malgré eux, bande à part vis-à-vis des Palestiniens ; ceux-ci les regardaient d’assez haut comme le fils de la parabole, demeuré chez son père, dévisage son cadet, quand il rentre au logis. Le nom même d’hellénistes qu’ils leur infligeaient accusait une suspicion, comme si un long contact avec les païens et l’usage de leur langue les entachaient d’impureté.
Hommes d’affaires, les hellénistes appliquaient sur leur judaïsme un vernis grec, afin de mieux lui préparer un royaume universel ; la culture de l’intelligence leur était un moyen de conquête, comme la ruse et l’argent. Eux seuls se targuaient de gagner des prosélytes. C’étaient des nationalistes calculateurs ; et ils devaient abominer une doctrine qui, visant au règne de l’Esprit, excluait leurs grossiers moyens.
Même convertis, — car la foi nouvelle toucha leur élite, — ils maintenaient leur humeur exigeante, toujours en défense et méfiants. Au sujet des veuves de leur groupe ils murmurèrent, « grognèrent » avec ensemble. Les Douze, voulant la paix dans l’unité et comprenant qu’il fallait mieux organiser l’économie de la vie commune, prirent occasion de cet incident pour l’institution des Sept[32].
[32] On a longuement épilogué sur la raison de ce nombre sept. Marquait-il la subordination à l’égard des Douze ? Correspondait-il aux sept pains multipliés par Jésus, ou aux sept anges debout devant Dieu (Tob. XII, 15) ? Les repas en commun se prenaient-ils en sept endroits de la ville ? Un diacre présidait-il à chacun ? Toutes ces explications sont plausibles, non décisives. Il est probable que les Sept, tous hellénistes, complétaient le ministère, devenu insuffisant, d’autres diacres, élus déjà, et palestiniens.
L’assemblée des fidèles semble leur avoir proposé les noms à choisir. Les sept élus portaient des noms grecs ; tous Juifs de naissance, sauf Nicolas, prosélyte d’Antioche. Les Douze, après avoir prié, leur imposèrent les mains, les investissant de pouvoirs liturgiques. Car les diacres ne devront pas seulement veiller à distribuer le pain ; ils participeront au mystère eucharistique ; ils baptiseront ; ils enseigneront.