— A cette heure, le jour que vous attendez va être le quatorzième, passé à jeun, sans rien prendre. C’est pourquoi je vous engage à prendre de la nourriture. Car cela importe à votre salut. [Vous serez sauvés] et aucun de vous ne perdra un seul cheveu de sa tête.
Le discours de Paul avait un sens immédiat et une portée mystérieusement symbolique. Il pensait au salut des âmes ; le repas où il les conviait, c’était la communion des chrétiens[395]. Il prit du pain, le bénit devant tous, le rompit et mangea le premier. Tous reprirent courage, et ils mangèrent à leur faim.
[395] Le texte ne dit pas que Paul célèbre vraiment la Cène ; en ce cas, il ne distribuerait qu’aux seuls chrétiens le pain consacré.
Sans attendre l’aurore, ils se mirent à pousser hors des flancs du vaisseau la cargaison de grain[396]. On aurait chance d’échapper au naufrage si le bâtiment soulagé pouvait flotter jusqu’à la côte.
[396] Cp. Tacite, Ann. II, XXIII, le récit de la tempête où les Romains jetèrent par-dessus bord « chevaux, bagages, armes. »
Le jour enfin éclaira devant eux une terre qu’ils ne surent pas reconnaître, une baie déserte, barrée, à droite par de hautes masses rocheuses, à gauche, par la bosse d’un promontoire moins abrupt, et qu’un îlot coupait en son milieu.
Au fond de la baie s’offrait une plage accueillante. C’est là que le pilote et le patron décidèrent d’échouer le vaisseau. Ils firent détacher les câbles qui descendaient de l’arrière aux ancres, donner du jeu aux gouvernails qu’on avait liés durant la tempête. On tendit, au-dessus de la poupe, la voile d’artimon ; et l’on avança vers le rivage. Mais, soudain, la quille toucha un banc de sable entre deux courants ; la proue enlisée s’y fixa ; la poupe, soulevée par une lame, se démembra.
En ces minutes, les soldats, écoutant une impulsion démoniaque, eurent l’idée féroce d’égorger tous les prisonniers ; ainsi, aucun d’eux ne s’échapperait en nageant. Le centurion voulait sauver Paul ; il empêcha ce massacre ; et il commanda :
— Que ceux qui savent nager se jettent à la mer. Que les autres se sauvent sur des planches ou sur les débris du vaisseau !
Comme le vent les portait vers la plage, tous, selon la promesse de Paul, atteignirent la terre, sains et saufs.