Où étaient-ils ? Si quelque pêcheur ou paysan les aperçut, il vint sans doute au-devant des naufragés. Mais ce barbare parlait une langue gutturale que les Hellènes et les Latins comprenaient difficilement. Dans son patois punique se mêlaient pourtant des mots grecs. Ils surent que le pays où ils débarquaient était, comme l’avait annoncé Paul, une île, l’île de Mélité. Elle appartenait alors à la province de Sicile ; et le centurion fut satisfait d’apprendre que « le premier de l’île[397] », Publius, avait sa villa non loin du lieu où ils venaient d’atterrir.

[397] Deux inscriptions retrouvées à Malte mentionnent ce titre et confirment, ici comme ailleurs, la sûreté d’information de l’historien.

Cependant, sous la pluie, dans le vent glacial, les naufragés, transis, à moitié nus, trouvaient à peine la force de s’avancer vers l’intérieur. De villages proches les indigènes accoururent et prirent compassion d’eux. Ils allumèrent un grand feu de sarments ; Paul, toujours actif, au lieu de se chauffer comme d’autres, aidait les paysans maltais et les soldats romains à nourrir le brasier. Dans une bourrée qu’il y jeta il ne vit pas une vipère engourdie, que la chaleur soudain ranima. La bête, se pendant à sa main, la serra de ses crocs. Du sang jaillit de la morsure[398]. Paul secoua dans le feu la vipère et continua son travail. Les indigènes se dirent entre eux :

[398] Les réflexions des indigènes prouvent qu’il avait été fortement mordu.

— Qui est cet homme ?

— Oh ! répondit un des soldats, c’est un coquin qu’on mène à Rome pour le juger.

— Oui, opinèrent les rustres, il faut que ce soit un assassin, puisque, sauvé de la mer, la Justice [des Dieux] ne le laisse pas vivre.

Mordu comme il l’était, ils s’attendaient à le voir tomber et mourir après une atroce agonie. Au contraire, il ne ressentit aucun mal. Alors les bonnes gens conclurent :

— C’est donc un Dieu !

Paul et ses compagnons trouvèrent auprès du Premier de l’île un accueil très bienveillant. Le père de Publius était au lit, souffrant de la fièvre et de la dysenterie. Paul s’approcha, lui imposa les mains ; guéri, le vieillard se leva. A la nouvelle de ce miracle, beaucoup de malades, surtout des fiévreux[399], sollicitaient de lui un attouchement, une parole guérisseuse. Comme il les soulagea, ils le comblaient « d’honneurs » et d’amitiés, lui et tous ceux qui l’entouraient.