[399] La maladie commune, dans l’île, devait être déjà la fièvre de Malte, attribuée au lait des chèvres.

Paul séjourna trois mois, jusqu’en mars, à Mélité, l’île du miel. Après tant d’épreuves, cet hivernage lui fut d’une grande douceur. Il refit, au soleil africain des coteaux, pour les luttes prochaines, son vieux corps épuisé. Rome n’était plus loin ; en partant, du vaisseau alexandrin qui devait le conduire à Pouzzoles, il envoya un regard de bénédiction à l’île hospitalière.

Elle s’en souvient encore. J’ai vu Malte, non comme elle lui apparut, à travers la pluie et le vent dur, mais dans la splendeur d’une matinée d’automne, le jour de la Saint-Martin, anniversaire de paix. Au-dessus de la mer ardente, la ville de la Valette, ceinte de ses augustes remparts, enflait ses dômes, érigeait sa magnificence chrétienne où semblent se conjoindre l’Orient et l’Occident. Je songeai que tout le plus noble passé de l’île était, en un sens, l’œuvre de Paul. C’est lui qui planta la Croix sur son rivage. Il eût aimé l’Ordre de Malte, fleur de la chrétienté chaste et guerrière, cette chevalerie qui portait si fièrement « le casque et le bouclier de la foi ». Il eût admiré ces remparts, édifiés comme un bastion indestructible contre l’Infidèle. Dans Malte il n’a laissé aucun vestige authentique de son passage. Dans nulle épître il n’en a parlé. Mais tout y parle de sa gloire.

XIX
A ROME. L’ENCHAÎNÉ DU CHRIST

Avant d’entrer dans Rome, vers la porte Capène, Paul se retrouva en pays familier. Les ruelles tortueuses évoquaient les faubourgs d’une ville d’Orient. Il longeait des échoppes sombres d’où sortaient des odeurs d’épices et de lourdes fritures. Enfants qui grouillaient, femmes sordides aux jambes épaisses, au front serré d’un bandeau et qui traînaient leurs sandales en allant, une amphore sur la tête, à la fontaine, chiffonniers, mendiants, colporteurs d’allumettes, tous étaient Juifs ; ils vivaient là chez eux. Ils regardaient passer entre des soldats le prisonnier, et, à leur tour, ils murmuraient :

— C’est un des nôtres.

Il dut traverser toute la ville pour être conduit au camp des prétoriens, établi près de la voie Nomentane, au nord-est de Rome. Après deux ans de séjour, au milieu des troupes, à Césarée, il n’éprouva, dans le camp, aucune surprise. A peine remarqua-t-il les vastes proportions des cours et des bâtiments, la belle tenue des hommes, le haut cimier du casque des fantassins ; mais il fut attentif au rugissement des lions qu’on gardait là, dans un enclos de pierre, avec les autres bêtes fauves destinées aux combats du cirque.

Le rapport du procurateur de Judée, tout le bien que put dire de sa conduite le centurion Julius, lui valut une détention bénigne, ce qu’on dénommait custodia militaris. Le prisonnier put se loger dans le voisinage du camp ; il était libre de sortir, enchaîné toutefois, tenu en laisse par un soldat ; son gardien devait avoir, nuit et jour, l’œil sur ses mouvements.

A son arrivée, on suppose qu’il accepta comme refuge la maison d’un fidèle. Prisca et Aquilas étaient-ils encore à Rome ? Ils retournèrent en Asie, plus tard peut-être[400]. Paul ne dit rien d’eux dans ses épîtres de la captivité. Au reste, ils avaient leur demeure, à l’autre bout de Rome, sur l’Aventin[401]. Il n’aurait pu être leur hôte.

[400] II Timothée IV, 19.