[401] Voir Marucci, op. cit., t. I, p. 9.

Trois jours après sa venue, il invita les Juifs notables du quartier à une conférence. Lié au légionnaire de garde, il n’était guère en posture de prêcher dans une synagogue. Ils vinrent, par curiosité, là où il habitait.

Il leur expliqua les conjonctures où les Romains eussent voulu le remettre en liberté. L’insistance du sanhédrin à prétendre juger son procès l’avait contraint d’en appeler à César. Et il répéta devant eux sa protestation inlassable :

« C’est à cause de l’espérance d’Israël que j’ai cette chaîne autour des mains. »

La réponse des Juifs fut courtoise et prudente :

« Nous n’avons reçu de Judée aucune lettre sur toi, et aucun des frères n’est venu qui nous ait rapporté quelque chose de toi. Mais nous voudrions bien apprendre de toi ce que tu penses ; car, de cette secte, nous savons qu’en tout lieu on parle contre elle. »

Ces Juifs, assurément, avaient entendu raconter quelque chose des nouveautés chrétiennes, de la foi en Jésus, comme au Messie. Ils se feignaient plus ignorants qu’ils n’étaient, pour engager l’Apôtre à les instruire sans réticence. Est-ce à dire qu’ils lui tendaient un piège, complices des Juifs d’Asie ? Leur sincérité paraît vraisemblable, quand ils déclarent : « Nous n’avons reçu aucune lettre sur toi. » Au début du printemps, alors que la navigation reprenait à peine, les courriers d’Orient devaient être à Rome fort espacés, et les Juifs de Jérusalem n’avaient encore pu nouer des intrigues pour essayer de perdre là-bas celui qui leur avait échappé. En apparence même, durant deux années, ils ne feront rien contre lui ; ou, s’ils agirent dans l’ombre, quelque puissante influence lui assurait une phase de tranquillité.

Ceux de Rome convinrent avec lui d’un jour où il leur exposerait sa croyance.

Dans l’intervalle, Paul avait loué un logement pourvu d’une salle assez grande[402] ; il y réunissait les frères, et aussi les Juifs ou les gentils désireux de connaître la voie. Elle fut inaugurée par les Juifs ; ils vinrent assez nombreux. « Depuis le matin jusqu’au soir » en s’appuyant sur la Loi, sur Moïse et les prophètes, il rendit témoignage au royaume de Dieu, il développa l’histoire de Jésus. Comme les uns croyaient, tandis que les autres niaient, ils se retirèrent en se querellant. Paul, sans les ménager, les congédia, certain de son insuccès, et il enfonça comme un clou dans ces têtes dures la prédiction d’Isaïe :

[402] L’hypothèse traditionnelle qui mettait ce logement au lieu de l’église S. Maria in via lata est aujourd’hui abandonnée (voir Marucci, op. cit., t. I, p. 12).