« Va vers ce peuple et dis : De l’ouïe vous entendrez et vous ne comprendrez pas, et, cependant, vous regarderez et vous ne verrez pas. »
Mais il ajouta cette prophétie d’espérance :
« Sachez donc qu’aux gentils est envoyé le salut de Dieu ; et eux, ils entendront. »
Comment, autour de Paul, les gentils « entendirent-ils » ? Certaines phrases des Épîtres aident à l’entrevoir :
« Ce qui m’est arrivé tourne plutôt au profit de l’Évangile ; en sorte que mes chaînes sont connues de tout le prétoire[403] et de tous les autres ; et la plupart des frères, ayant, à cause de mes chaînes, plus grande confiance dans le Christ, osent sans crainte dire la Parole[404]. »
[403] Il veut dire : le camp des prétoriens. L’interprétation de praetorium par : tribunal serait séduisante, mais le mot n’a jamais ce sens.
[404] Philipp. I, 12-15.
Paul n’avait qu’à montrer ses poignets meurtris par le bracelet des fers. Cette prédication exaltait chez les tièdes la volonté de propager la foi. Il n’y avait pas encore eu, à Rome, des martyrs. Mais l’appétit du martyre, Paul le créait déjà. Si les chrétiens n’étaient pas, jusque-là, persécutés, ils passaient pour suspects. Pomponia Graecina, matrone appartenant à une famille illustre, s’était vue, en 57, accusée de « superstition étrangère[405] ». Elle était chrétienne, et l’on jugeait publiquement « malfaisante[406] » cette nouvelle superstition. Les Romains s’apercevaient que la religion issue du judaïsme ne pouvait plus se confondre avec lui ; elle excluait tous les dieux au profit d’un seul Dieu ; donc elle était dangereuse pour César et pour l’État. On se méfiait aussi des chrétiens à cause de leur vie pénitente ; elle condamnait en silence l’ignominie païenne.
[405] Tacite, Ann., XIII, XXXII.
[406] Suétone, Néron, 16.