Et, vers la fin, il indiquera discrètement en quel milieu fructifiait son apostolat :
« Tous les Saints vous saluent, en particulier ceux de la maison de César. »
La persécution, alors, n’était qu’une menace vague ; il espérait du tribunal de « César » son acquittement. Il avait autre chose à faire que de juger son juge ; Dieu s’en chargerait.
Les tristesses de l’Apôtre ne semblent pas lui être venues, à cette époque-là, surtout des païens. Parmi les fidèles il rencontrait un clan hostile et « jaloux » :
« Ceux qu’anime l’esprit de parti annoncent le Christ dans une pensée qui n’est pas pure, en croyant ajouter une tribulation à mes chaînes[410]. »
[410] Id. I, 17.
Ces inimitiés le peinaient ; autrement il les aurait sous-entendues. Mais il ne voulait pas s’en laisser troubler. Elles lui donnaient occasion d’humilier sa personne. Une volonté admirable d’effacement lui suggérait cette réflexion :
« Qu’importe ! De toute manière, soit avec une arrière-pensée, soit sincèrement, le Christ est annoncé. Cela, c’est une joie, ce sera toujours une joie[411]. »
[411] Ep., I, 18.
De qui partaient les coups d’épingle dont il avait souffert ? Les judaïsants, on s’en doute, n’y furent pas étrangers. Il se peut aussi que des chrétiens d’ancienne date aient vu maussadement le haut prestige de Paul. Il avait dans son passé trop de privilèges spirituels, trop d’aventures, trop de conquêtes. Et ses chaînes lui tressaient comme une couronne. Ses enthousiasmes, ses brusqueries étonnaient la prudence des vieux Romains. Il retenait autour de lui et dirigeait des disciples ardents, Timothée, Aristarchus, Tychique, Jean-Marc, Luc, « le cher médecin », d’autres qu’il s’était acquis ; certains malveillants considéraient peut-être leur groupe comme formant une église à part au milieu de l’église établie déjà, florissante.