En dépit de ces traverses, plus il séjournait à Rome, plus il comprenait que l’appel de Dieu signifié à lui, comme à Pierre, avait pour l’avenir une immense portée. Rome serait la tête du monde chrétien, comme elle était celle de l’Empire, comme le Christ était le chef de son Église.

Néanmoins, il se retournait avec dilection vers les églises d’Orient, son œuvre, ou fondées par ses disciples immédiats. C’est à leurs saints qu’ira le testament de sa doctrine inspirée.

Elles avaient grand besoin d’être confirmées dans la voie. Des perversions multiples les travaillaient. D’abord, le ferment juif, impossible à éliminer :

« Ayez l’œil sur les chiens, leur criera l’Apôtre. Ayez l’œil sur les mauvais ouvriers. Ayez l’œil sur les mutilés. Car les vrais circoncis, c’est nous qui servons Dieu en esprit, et nous glorifions dans le Christ Jésus, et n’avons point confiance en la chair[412]. »

[412] Philipp. III, 2.

Le judaïsme ne s’évertuait pas seulement à imposer les œuvres mosaïques. Il existait, parmi les Juifs cultivés, une gnose, une science supérieure de la religion, mélange de traditions rabbiniques, de théosophie orientale et d’idées grecques. Ce qu’elle pouvait être, on l’aperçoit confusément d’après Philon, d’après les réfutations mêmes de l’Apôtre. Elle enseignait comme un dogme la transmigration des âmes à travers les astres, dont les mouvements régleraient nos destinées[413]. Un ascétisme essénien d’origine, semble-t-il, tendait à s’insinuer dans les pratiques chrétiennes. Il menait à cette illusion désastreuse : Nous sommes les purs, les parfaits ; le bien est en nous. Donc il est vain de se tourmenter à l’acquérir.

[413] Voir Toussaint, Commentaire de l’Épître aux Colossiens.

Voilà pourquoi Paul dira de toutes ses forces aux chrétiens d’Orient :

« C’est par grâce que vous avez été sauvés et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous. C’est un don de Dieu[414]. »

[414] Éphés. II, 8.