Il « complète en souffrant dans sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église[422] ». Il souffre afin de hâter l’achèvement de ce corps immortel qui aura sa plénitude quand tous les élus seront entrés dans la splendeur des Saints. Ce qu’il endure est mystiquement la Passion du Seigneur continuée. De même que le Christ a mérité par ses agonies le salut du monde, Paul mérite à ses frères, par les mérites du Christ, un accroissement de ferveur, de grâce, de paix et d’allégresse.
[422] Coloss. I, 24.
Même en un sens tangible le mystère de l’Évangile reçoit une autorité plus efficace, parce qu’il s’en fait « l’ambassadeur dans les chaînes[423] ». Associés au rude combat qu’il soutient, les fidèles sont affermis ; ils souhaitent de pâtir avec lui et comme lui.
[423] Éphés. VI, 120.
D’ailleurs, il ne les encourage pas seulement par ses lettres ; il leur envoie des messagers. Ceux-ci racontent aux églises ce qu’il fait à Rome, ce qu’ils ont vu auprès de lui, et ils rapportent à l’Apôtre des nouvelles de toutes les églises.
Aux saints d’Éphèse (ou de Laodicée) il a dépêché Tychique ; aux Philippiens, il réserve Timothée, qui s’est fait avec lui « l’esclave de l’Évangile[424] » et qu’il regarde comme un fils. « Je n’ai personne autre, confie Paul à ses amis, dont l’âme me soit unie comme la sienne… Tous cherchent leur intérêt propre et non celui du Christ. »
[424] Philipp. II, 19-23.
Pour l’heure, il charge de sa missive Épaphrodite, venu lui-même à Rome de la part des Philippiens, et porteur de précieux subsides. Le prisonnier les a reçus « comme un sacrifice odorant, digne d’être accepté, agréable à Dieu[425] ». Il sait être content de tout, dans le dénûment comme dans l’abondance. Mais il sent la bonté de cette offrande ; elle est, plus encore, un signe que, chez les Philippiens, la grâce fructifie. Épaphrodite vient d’être malade à en mourir. Dieu a eu pitié de lui et, ajoute Paul naïvement, « de moi-même, afin que je n’aie pas chagrin sur chagrin[426] ». Maintenant il va repartir ; son impatience de retourner à Philippes est comme une nostalgie.
[425] IV, 18.
[426] II, 25-27.