De même, Aristarque, le compagnon fidèle, quittera Rome, pour aller, au nom de Paul, consoler les Colossiens, et il emmènera Onésime, « le frère bien-aimé », cet esclave fugitif dont nous savons l’histoire par la lettre à Philémon.
Philémon, Apphia, sa femme, et Archippos étaient des chrétiens de Colosses, gens notables, car l’église se réunissait dans leur maison. Onésime, esclave de Philémon, avait volé son maître, pris la fuite, et s’était caché à Rome ; par Épaphras il y connut Paul qui le fit chrétien. Et l’Apôtre, en le renvoyant à son maître, écrivit à celui-ci quelques lignes où son cœur de Saint s’est épandu tout entier.
« Bien que j’aie dans le Christ pleine assurance de pouvoir t’enjoindre ce qui convient, j’aime mieux faire appel à ta charité. Tu sais qui je suis, Paul, un vieillard, et présentement l’enchaîné du Christ Jésus. Eh bien ! c’est moi qui te prie pour mon fils que j’ai engendré dans les chaînes, Onésime. Si, au temps passé, il ne te fut point utile[427], il l’est maintenant pour toi, et pour moi. Je te le renvoie ; reçois-le, comme le fils de ma tendresse[428]. Volontiers, je l’aurais gardé près de moi, pour qu’il me servît à ta place dans les chaînes de l’Évangile[429]. Mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis. Je veux que ta bonne œuvre ne soit pas contrainte, que tu agisses de bon cœur.
[427] Paul badine sur le sens du mot : Onésime qui veut dire : utile, profitable.
[428] Exactement : comme étant mes propres entrailles.
[429] Il veut dire : dans les chaînes que je porte pour l’Évangile.
« Peut-être, s’il a été momentanément séparé de toi, c’est afin que tu le recouvres à jamais. Non plus comme esclave, mais comme étant mieux qu’un esclave, un frère bien-aimé. Il l’est pour moi ; combien plus pour toi, puisqu’il l’est dans la chair et dans le Seigneur ! Si donc tu me tiens comme étroitement uni à toi, reçois-le comme moi-même. S’il t’a fait tort, s’il te doit quelque chose, porte-le à mon compte. Moi, Paul, je t’écris de ma propre main ; c’est moi qui paierai. Je ne veux pas te rappeler que, toi aussi, tu es mon débiteur et de ta propre personne. Oui, frère, je veux obtenir de toi Onésime dans le Seigneur, console mon cœur dans le Christ.
« Je t’écris avec la confiance que tu m’obéiras, sachant que tu feras au delà de ce que je dis. En même temps, prépare-toi à me recevoir. Car j’espère, grâce à vos prières, vous être rendu. Te saluent Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, Marc, Aristarque, Démas, Luc, qui travaillent avec moi.
« Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec votre esprit. »
Autorité, délicatesse, grâce insinuante, enjouement, tendresse, haute charité, tout fait de ce billet un chef-d’œuvre unique. Paul ne nous serait connu que par une telle page, nous aurions de son âme et de son génie une très noble idée.