Et surtout il trouve aux rapports du maître et de l’esclave la solution d’amour qui, pratiquée, eût changé en un paradis le terrible monde païen.

Il y avait, dans la société d’alors, quelques velléités généreuses d’amender la condition des esclaves. En 58, une loi venait d’être promulguée, prescrivant au préfet de police, à Rome, et, dans les provinces, aux gouverneurs, de recevoir les plaintes des esclaves, s’ils attestaient contre leurs maîtres des faits d’injustice ou de cruauté.

En 61, alors que le procès de Paul demeurait peut-être pendant, le préfet de Rome, Pédanius Secundus, fut tué par un de ses esclaves. D’après l’ancienne coutume, tous les esclaves de sa maison devaient être condamnés à mort. Ils étaient quatre cents. Un certain nombre de sénateurs voulaient s’opposer à cette exécution en masse. Le parti des vieux Romains l’emporta, décida que les quatre cents, jeunes et vieux, femmes et hommes, seraient voués à la fourche ou à la croix. Pour empêcher leur supplice, le peuple indigné s’arma de pierres et de torches. Néron dut faire border d’une haie de troupes le chemin par où passeraient les condamnés[430].

[430] Voir Tacite, Ann., XIV, 42-45.

Quelques philosophes — des stoïciens — allaient théoriquement jusqu’à nier l’inégalité humaine de l’esclave. Qu’un homme fût la chose de l’homme, ils commençaient à s’en étonner.

Épictète, qui resta, de longues années, l’esclave d’Épaphrodite, affranchi de Néron, déclarait sur le ton sentencieux propre à la secte :

« Si un homme veut être libre, qu’il ne désire ni ne fuie aucune des choses où il dépende des autres. Sinon, il est fatalement un esclave[431]. »

[431] Manuel, XIV, 2.

Sénèque exhortait Lucilius à vivre familièrement avec ses esclaves, même à manger avec eux.

« Ils sont esclaves ! — Non, ils sont hommes. Esclaves ! Non, mais des amis d’humble condition, des collègues en servitude, si tu songes que le sort peut autant sur toi que sur eux… Celui que tu appelles ton esclave est né d’une même origine que toi, jouit du même ciel, respire, vit et meurt comme toi… Tu es libre aujourd’hui ; tu peux devenir esclave et avoir pour maître ton ancien esclave… Un tel est esclave. Mais il a peut-être l’âme d’un homme libre. Qui n’est pas esclave ? L’un est asservi à la débauche, l’autre à l’ambition, l’autre à la peur[432]. »