[432] Lettre XLVII.
Sénèque se défendit pourtant de vouloir émanciper les esclaves. Il concluait, au rebours, qu’un bon maître a chance de se voir respecté. Donc, l’intérêt même des maîtres leur commandait d’être bons.
Saint Paul aboutit à de plus fermes décisions, parce qu’il les établit sur une réalité divine et un principe de foi.
« Désormais, avait-il instruit les Galates[433], il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus d’esclave ni d’homme libre… car vous êtes tous un dans le Christ Jésus. »
[433] III, 28.
Jésus lui-même a pris la forme d’un esclave. Du moment qu’un homme est baptisé, il devient un frère. Devant Dieu, comment serait-il inférieur à celui qu’il nomme son maître ? Ce n’est pas à dire que les esclaves doivent exiger leur affranchissement :
« As-tu été appelé esclave ? Ne t’en soucie point. Même si tu as les moyens de devenir un homme libre, use plutôt de ta condition d’esclave. Celui qui est appelé dans le Seigneur esclave est un affranchi du Seigneur. De même, celui qui est appelé libre est un esclave du Christ. »
Il envisage aussi dans un sens pratique les rapports des maîtres et des serviteurs. Il veut que ceux-ci obéissent à leurs maîtres non « à l’œil », mais avec droiture et révérence comme au Christ. Quant aux maîtres, il les avertit d’être cléments et doux :
« Laissez de côté la menace, sachant que vous avez, vous aussi, un Maître dans les cieux, et qu’il ne fait pas acception de personnes[434]. »
[434] Éphés. VI, 5-10.