Avant de connaître Onésime, Paul avait couvé de sa prédilection un autre esclave, cet Amplias ou Ampliatus qu’il nomme vers la fin de l’épître aux Romains. Ampliatus — du moins nous avons lieu de croire que c’est lui[435] — fut enseveli dans une chapelle du cimetière de Domitille ; il serait difficile de comprendre qu’un esclave ait trouvé place auprès des morts d’une famille illustre, si on n’avait ainsi voulu rendre honneur à saint Paul.
[435] Voir Marucci, op. cit., t. I, p. 13.
Depuis qu’il était prisonnier, l’Apôtre se sentait plus près encore de ceux qu’on appelait « des esclaves ». Et n’avait-il pas, comme beaucoup d’entre eux, les épaules diaprées par les cicatrices des verges ?
Néanmoins, sa condition de captif n’ôtait rien à la liberté de son évangile. On dirait même que, dans les chaînes, la conscience de son autorité a grandi. Ses messagers allaient et venaient d’Occident en Orient. Sa parole continuait à courir au-dessus des peuples. Plus la puissance de l’Esprit semblait liée, plus sa vigueur d’expansion croissait. Les chaînes de Paul, comme celles de Pierre, signifiaient le règne spirituel de l’Église, d’autant plus forte au long des siècles, quand la Bête croit la contraindre, la réduire au silence et l’exterminer.
XX
LE MARTYR
Les deux années où Paul vécut à Rome, prisonnier militaire, terminent ce qu’on sait nettement sur sa vie. Le livre des Actes ne va pas plus loin. Il est invraisemblable que l’auteur ait tu à dessein[436] la condamnation et la mort de l’Apôtre, faits notoires, dont le retentissement dut être immédiat, immense parmi toutes les chrétientés. D’autres motifs, qui nous échappent, ont déterminé le brusque arrêt du récit.
[436] C’est la dernière et sotte réticence que M. Loisy prête à l’astucieux « rédacteur ».
Au delà, Paul s’enfonce dans un brouillard. Nous retrouvons, par intervalles, le son de sa voix. Mais nous avons peine à suivre ses mouvements. L’épître aux Philippiens, sur un ton d’espérance[437], annonçait une visite prochaine en Macédoine. Il croyait à l’heureuse conclusion de son procès. Les épîtres à Timothée, celle à Tite seraient inexplicables s’il ne s’était vu, en effet, acquitté, libéré.
[437] I, 26.
La première à Timothée[438] le montre partant pour la Macédoine ; il veut que son disciple l’attende à Éphèse où il se propose de le rejoindre. Dans la seconde[439], il rappelle qu’il a laissé Trophime malade à Milet. Écrivant à Tite, il nous apprend[440] qu’il l’a laissé en Crète « pour achever de régler ce qui reste à régler et, dans chaque ville, établir des presbytres ».