« Tout est soumis au Christ… Vous en êtes revenus à avoir besoin, non pas de nourriture solide, mais de lait[442]… La Loi n’a rien conduit à la perfection… Mon juste, grâce à la foi, vivra… »

[442] Cette image, peut-être créée par saint Paul, était entrée dans le domaine commun, comme l’atteste le passage fameux de saint Pierre, en sa première épître (II, 2).

Certaines phrases, certains morceaux ont le tour nerveux et ramassé, propre au langage de l’Apôtre :

« Sans effusion de sang, pas de rémission… Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang… Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant… »

Et surtout l’admirable mouvement sur la parole prophétique :

« La parole de Dieu est vivante, efficace. Elle est plus tranchante que toute épée à deux tranchants. Elle pénètre jusqu’à séparer l’âme de l’esprit, les jointures et les moelles. »

Mais la majesté pompeuse, surabondante de l’ensemble paraît étrangère au style de Paul. On dirait une page de Démosthène amplifiée par Isocrate. Évidemment Paul savait assouplir selon des auditoires dissemblables ses formes d’expression. Malgré tout, on sent une main autre que la sienne. Le développement sur la foi (ch. XI), avec ses longues énumérations d’exemples bibliques, « cette nuée de témoins » que l’auteur amasse pour démontrer une vérité simple, trahit un rhéteur ; l’ouvrage semble avoir été écrit par un disciple de Paul ou un homme qui avait reçu de près son influence[443], Juif d’origine, mais assujetti aux disciplines grecques de l’éloquence.

[443] La tradition suppose Barnabé (voir Prat, op. cit., t. I, p. 497-506).

Il s’adressait à des communautés palestiniennes en proie au grand trouble qui précéda le soulèvement de la Judée. Jamais la tentation de resserrer l’Église sous le joug mosaïque n’avait si fortement agité les chrétiens de Palestine. Autour d’eux, la fureur du fanatisme s’exaspérait. Ils allaient être mis en demeure de choisir : ou bien suivre le peuple dans sa révolte contre l’étranger, devenir des Juifs, en tout, forcenés, ou s’exiler (ce qu’ils firent en se retirant, pour leur salut, à Pella).

L’auteur de l’épître les exhorte à persévérer dans leur foi. Il leur propose un parallèle entre le sacerdoce juif, imparfaite et transitoire figure, et le sacerdoce de Jésus-Christ. Jésus est le médiateur nécessaire, le prêtre éternel. Une magnificence pontificale anime ces considérations. Mais leur sérénité laisse percer les sentiments dont l’attente du martyre devait exalter les chrétiens d’Italie :