« Vous autres, vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang. Nous, sous-entend-il, nous savons ce qu’il faut savoir endurer pour le règne de Dieu. »

L’évocation des supplices qu’ont pâti les précurseurs de l’Évangile, les prophètes du Crucifié, représente autre chose qu’un lieu commun oratoire :

« Ils ont été lapidés, torturés, sciés. Ils sont morts par le tranchant du glaive, ils ont erré, couverts de peaux de brebis, de peaux de chèvres, manquant de tout, persécutés, maltraités (le monde n’était pas digne d’eux) ; errant dans les solitudes et les montagnes, dans les cavernes et les trous de la terre[444]… »

[444] XI, 37-39.

Certaines antithèses enfin éclatent comme le cri du sublime détachement, avec un accent tout paulinien :

« Nous n’avons pas ici de cité qui demeure, mais nous cherchons celle qui sera[445]. »

[445] XIII, 14.

Nul, mieux que Paul, ne passait en ce monde, comme un nomade, marchant vers la cité céleste qu’il préparait ici-bas. Quelle cité humaine aurait alors pu retenir l’espérance du chrétien ? Jérusalem et le Temple allaient succomber ; Rome, qui se disait éternelle, venait d’être, aux trois quarts, détruite par l’incendie.

Le 19 juillet 64, des magasins d’huile, au bout du grand Cirque, ayant pris feu, tout le centre de Rome, autour du Palatin, brûla pendant six jours ; sur les quatorze régions de la ville, dix furent anéanties.

Où était Paul quand la nouvelle de ce désastre emplit les routes de l’Empire ? Sans doute y lut-il un signe, le brasier avant-coureur de l’incendie du monde qui renouvellerait la terre et les cieux.