Ceux-ci prirent à témoin de son langage impie des anciens du peuple et des scribes, des pharisiens ; ils l’appréhendèrent, le jetèrent en prison. L’accusé comparut ensuite devant le grand sanhédrin.

S’il fallait en croire le Talmud[35], « quarante ans avant la destruction du Temple, le droit de prononcer les sentences capitales fut ôté à Israël ». En fait, chaque fois qu’il sentait se relâcher la pression romaine — or la mise en jugement d’Étienne dut concorder avec la disgrâce et le départ de Pilate — le sanhédrin tendait à reprendre ses pouvoirs juridiques. Les Romains lui reconnaissaient d’ailleurs le droit de juger les crimes religieux. Seulement, les sentences avaient besoin d’être validées par le procurateur ; limitation humiliante que les pharisiens ne désespéraient pas d’annuler.

[35] Trad. Schwab, t. XI, Traité sanhédrin, p. 238. Juster (op. cit., t. II, p. 134) estime ce texte peu probant, et c’est aussi l’avis du P. Lagrange (Saint Étienne et son sanctuaire à Jérusalem, p. 29).

Dans l’affaire d’Étienne ils agiront comme envers Jésus avec une combinaison de violence et d’hypocrisie. Pour brusquer le dénouement, une émeute interviendra. L’accusé sera poussé au lieu du supplice avant d’être régulièrement condamné. Quelque chose des formes légales persistera dans son exécution. Cependant elle les démentira ; sa mort fera songer à celle d’Akhan, voleur du manteau rouge et des deux cents sicles d’argent qui devaient être offerts au Seigneur, lapidé par tout le peuple, dans la vallée d’Achor[36].

[36] Josué VII, 18-26.

Le sanhédrin siégeait dans l’enclos du Temple. La salle était disposée en demi-cercle ; ainsi les soixante-dix juges pouvaient se voir, se surveiller, échanger des clins d’yeux[37]. A droite et à gauche deux scribes inscrivaient les opinions énoncées et leurs motifs. Au centre trônait le grand prêtre, reconnaissable, peut-on croire, à la lame d’or qui ceignait son front, aux gemmes du rational qu’il portait dans les circonstances solennelles[38].

[37] C’est la raison donnée dans le Talmud (loc. cit., p. 269).

[38] Sur le costume que portait le grand prêtre, comme chef du peuple juif, nous n’avons aucune donnée ferme.

Devant les juges trois séries de disciples s’asseyaient, chacune de vingt-trois membres, ayant leur place marquée. C’est parmi eux que nous imaginons Saul, et les regards homicides qu’il envoyait sur Étienne.

L’accusé se dressa, magnifique de pureté candide. Quand les témoins déclarèrent :