[451] II Tim. II, 16.
Le chef des églises qu’il a fondées, c’est l’Apôtre lui-même. Il n’admet pas que l’on conteste son autorité, puisqu’il la tient du Seigneur lui-même et des premiers apôtres. Il délègue, pour un temps, ses pouvoirs, à Timothée, à Tite ou à d’autres, quand il les charge de visiter une église. Il leur prescrit d’établir dans chaque ville des presbytres ou évêques, hommes d’une vertu éprouvée, attachés à la saine doctrine. Les presbytres auront l’assistance des diacres et des veuves. Ainsi, « le dépôt de la foi sera gardé » ; toute église sera conduite par des chefs qui auront reçu et transmettront le Saint-Esprit.
Entre la première et la seconde épître à Timothée, la grande persécution, à Rome, s’était ouverte. Clément Romain, en termes trop discrets, laisse entrevoir quels ennemis des chrétiens la fomentèrent :
« C’est par suite de la jalousie que les hommes qui furent les colonnes de l’Église ont été persécutés et ont combattu jusqu’à la mort[452]. »
[452] Ép. aux Cor., ch. V.
L’incendie de Rome avait épargné les abords de la porte Capène et le quartier du Transtévère ; il avait éclaté non loin des ruelles juives, mais sans les atteindre. La rumeur populaire dut accuser les Israélites d’avoir voulu, en détruisant Rome, venger leurs frères de Judée qu’outraient les exactions et les violences des gouverneurs romains. Elle poussait la foule à des représailles. Pour les prévenir, et, du même coup, détourner sur les chrétiens qu’ils exécraient la vindicte publique, les Juifs propagèrent ce bruit : les incendiaires, c’étaient les disciples du Crucifié. Dans l’entourage de Néron, Poppée, des comédiens juifs se chargèrent d’aiguiser l’animosité du prince. Ils lui représentèrent sa maison comme infestée d’esclaves, de scribes, d’affranchis, d’officiers chrétiens.
Tous ces gens-là, qui semblaient les plus fidèles des domestiques, préparaient dans l’ombre des forfaits affreux. Ils avaient failli brûler Rome ; le prince, tôt ou tard, serait leur victime.
Les chrétiens — comment l’ignorait-il ? — « avaient en haine le genre humain[453] ». Ils réprouvaient les joies que la nature conseille à l’homme ; des témoins avaient surpris, dans leurs assemblées secrètes, des turpitudes sans nom. Et, surtout, ils adoraient un séditieux mis en croix. Ils bravaient les édits promulgués contre les superstitions étrangères. Ils déniaient aux divins empereurs le culte qu’exigeait le respect des lois.
[453] Tacite (Ann., XV, 44) enregistre, comme probant, ce grief mal défini. « La haine du genre humain », c’est la volonté de détruire la famille, la religion nationale et l’État. On faisait donc passer les chrétiens pour des anarchistes sans patrie, des espèces de nihilistes.
Néron, coupable ou non d’avoir prolongé l’incendie de la vieille ville — son rêve était de rebâtir une autre Rome — et mal vu à cause des misères accumulées par le désastre, s’empressa de saisir cette diversion. Il la fit, à sa mode, théâtrale et atroce. Tertullien[454] lui attribue un mot qu’il a bien pu prononcer :