[454] Apolog. 5. Ce que Tertullien appelle « institutum neronianum » doit s’entendre, je crois : un précédent juridique.

« Christiani non sint. Que les chrétiens soient anéantis. »

Les frappa-t-il par un édit ? A des arrestations en masse succédèrent des supplices où l’on précipita les accusés sans avoir instruit leur procès, sur une dénonciation ou parce qu’ils se confessaient chrétiens. Même si nous réduisons à quelques milliers de fidèles « la multitude énorme » dont Tacite relate la condamnation, Néron atteignit d’abord l’effet cherché ; l’événement fut considérable. La plèbe crut se venger de la récente catastrophe en applaudissant aux tortures des auteurs présumés. Comme incendiaires, d’après la loi romaine[455], les chrétiens devaient être livrés au bûcher ou exposés aux bêtes. Mais on sait quels raffinements d’horreur le cabotin sadique se plut à inventer, à voir mis en œuvre. Des troupeaux de patients, sous des toisons de bêtes fauves, étaient offerts, dans le cirque, aux morsures de chiens furieux. Dans les jardins du Vatican, le long des allées, des martyrs, empalés sur un pieu, portaient collée à leurs membres la tunica molesta, la robe enduite de poix et de soufre ; la nuit, ils flambaient, luminaires vivants, tandis que Néron circulait, cocher de son quadrige, ou chantait, la cithare en main, sur le tréteau d’une scène, un morceau de tragédie. De jeunes chrétiennes, traînées au milieu d’un théâtre, y jouaient le rôle des Danaïdes, vouées aux horreurs du Tartare ; des mimes, avant de les étrangler, les violentaient publiquement ; ou bien, elles étaient, comme Dircé, liées aux cornes d’un taureau qui les piétinait, les déchirait, parmi des rocs, les éventrait[456].

[455] Voir Mourret, les Origines chrétiennes, t. I, p. 122.

[456] Voir l’épître de saint Clément, loc. cit.

La férocité lente des sévices, au lieu d’assouvir les haines du peuple, se retourna pourtant contre Néron. Parmi les condamnés il y avait trop d’innocents manifestes ; des vieillards, des adolescents, de pauvres femmes, tourmentés au delà des forces humaines, conservaient, dans leurs agonies interminables, une souriante patience. Leur victoire étonna des spectateurs curieux, puis les troubla d’une compassion. Il devint évident que leur supplice avait une seule fin : amuser les yeux d’un cruel et de ceux qui lui ressemblaient.

Paul se trouvait, peut-on croire, en Orient, lorsqu’il apprit la dévastation de l’église romaine et le combat triomphant des frères. Il avait écrit à Tite :

« Hâte-toi de me rejoindre à Nicopolis (en Macédoine) ; j’ai résolu d’y passer l’hiver[457]. » Il s’était arrêté à Troas où il avait oublié, chez Carpos, son manteau, son unique manteau peut-être[458].

[457] III, 12.

[458] II Tim. IV, 13.