C’est à Corinthe, selon une tradition vraisemblable[459], qu’il aurait donné rendez-vous à Pierre ; et les deux Apôtres partirent ensemble pour l’Italie, afin de soutenir les fidèles, comprenant aussi qu’ils allaient, à Rome, recevoir « la couronne ».

[459] Eusèbe (l. III, ch. XXIV) cite Denys de Corinthe et son affirmation un peu confuse : « (Pierre et Paul), étant venus à Corinthe, nous instruisirent ; ils partirent ensemble pour l’Italie, et après vous avoir, Romains, instruits comme nous-mêmes, ils furent martyrisés, vers le même temps. »

D’après les Actes apocryphes de Paul — seulement il est difficile d’y séparer l’histoire et la fiction — l’Apôtre aurait loué, hors de Rome, une grange[460] ; là il se remit à prêcher. Dénoncé, il fut une seconde fois jeté en prison. Mais ce n’était plus la custodia militaris. Il se montre à Timothée, chargé de chaînes « comme un malfaiteur[461] ». Un certain Onésiphore, venu à Rome, l’a cherché quelque temps, ne l’a point découvert sans peine. Paul devait donc être durement détenu ; ses anciens amis n’osaient plus dire qu’ils le connaissaient ; on ignorait jusqu’au lieu de sa geôle.

[460] Les Actes apocryphes paraissent avoir emprunté ce détail aux Actes des Apôtres.

[461] II, II, 9.

« Tous ceux d’Asie, dit-il, se sont détournés de moi… Lors de mon premier plaidoyer (dès ma comparution devant les juges), personne ne s’est mis avec moi ; tous m’ont abandonné. »

Il n’a pas la certitude encore de sa mort imminente. Une fois déjà il a été retiré « de la gueule du lion ». Il n’est sûr que d’une chose : « Le Seigneur le sauvera de toute œuvre méchante ; Il le conduira sain et sauf « dans son royaume céleste. » Que Timothée se hâte, avant l’hiver, de se rendre auprès de lui ; qu’il lui apporte le manteau laissé à Troas.

Cependant il parle comme s’il lui laissait de suprêmes conseils, et il se voit offrant son sang comme la libation du dernier sacrifice ; le « temps de lever l’ancre » approche. Du fond de son cachot, Paul sent venir à lui le vent de la pleine mer ; demain il appareillera pour les plages du ciel.

« J’ai combattu le beau combat ; j’ai achevé la course ; j’ai gardé la foi. Maintenant, elle est déposée pour moi la couronne de la justice que Dieu me donnera en ce jour-là, lui, le juste Juge ; et non seulement à moi, mais à tous ceux qui ont désiré avec amour sa manifestation. »

Rien, peut-être, dans les Épîtres, n’est sublime comme ces paroles du vieil athlète plus fort que jamais dans sa foi, qui n’avoue aucune lassitude, mais qui s’en ira, parce que la course est gagnée.