La médaille du second siècle, où il fait vis-à-vis à saint Pierre, ne donne qu’un masque traditionnel : le nez bombé, le front nu, les yeux à fleur de tête, la tension d’une force agissante, et non le reploiement mystique.

La saint Paul, sculpté à Reims, sur une des tours de la cathédrale[468], sublimise la majesté prophétique du Voyant, son calme surhumain. Le regard des yeux vides semble retourné au dedans, vers quelque chose d’immuable. La statue élimine l’amour exalté, la véhémence.

[468] Dans la première niche de la face sud de la tour méridionale.

Un vitrail du XIIIe siècle, à Bourges, présente un Paul meurtri de tendresse, ivre des ravissements du Mystère. N’allons pas y chercher la fougue conquérante de l’Apôtre.

Un Flamand, Hugo Van der Goës, dans une statue en bois, taillée vers 1468[469], a su figurer deux aspects du visage de Paul : le côté gauche de la face marque une rudesse austère ; le côté droit, par le regard et la flexion des muscles, s’adoucit, se fait miséricordieux ; et la fermeté des lèvres harmonise les deux expressions.

[469] Elle se trouve à Louvain, chez M. le chanoine Thierry.

Depuis la Renaissance, la plupart des artistes, sauf Véronèse, dans un radieux portrait[470], ont étrangement assombri la splendeur du personnage ; Raphaël, Rembrandt, le Gréco lui-même, ont rêvé un Paul sourcilleux, contracté, amer ; Dürer lui a prêté l’œil torve d’un hérétique en courroux.

[470] A Florence, au musée des Offices.

Quant aux modernes, si l’on excepte Maurice Denis, avec la fresque de Genève, ils n’ont rien entrevu sur lui de révélateur.

Tandis que Pierre et Jean proposent à l’imagination des types conçus d’après une idée simple, le pénitent ou le contemplatif, Paul déconcerte par la mobilité de ses traits. On peut toujours dire : Ce n’est pas lui, alors que c’est bien lui. Saul le persécuteur ne ressemble point à Paul en extase. Le Paul de l’épître aux Galates est très loin du Paul des épîtres à Timothée.