Et pourtant c’est bien le même homme que nous reconnaissons, malgré la transfiguration du Saint.
Dans sa nature, un trait domine tout : la violence passionnée, non impulsive, mais dogmatique, régie par les principes de sa foi. Il croit et il exige que les autres croient comme lui, vivent comme lui, soient soumis à la vérité. La Grâce n’a pas créé en son être un tempérament ; elle s’est assujetti les puissances dont l’avait orné Dieu en le prédestinant.
Ses défauts mêmes ont servi les fins divines ; la vélocité de ses impressions le disposait à l’inconstance ; son humeur vive le tournait à briser ce qui lui résistait ; son énergie virile aurait pu l’asservir aux appétits charnels ; l’emportement de ses convictions le vouait au fanatisme ; la finesse de sa dialectique eût préparé un sophiste.
Mais, dirigés vers l’œuvre juste, son besoin de mouvement, sa promptitude d’action hâtèrent la marche de l’Évangile. Sa brusquerie décisive rompit, où il le fallait, les chaînes de l’ancienne Loi. Sa foi indomptable entraîna les indécis, retint dans l’unité les fragiles troublés par les discordes. Sa souplesse ajusta aux peuples à convertir, aux erreurs qu’il voulait abattre, les moyens de persuasion. Ses infirmités l’aidèrent à demeurer humble ; il parla du péché en homme qui avait éprouvé dans sa chair le dur conflit.
Avant tout, Paul fut doué d’une volonté magnifique. Il était né avec le génie du commandement. Resté Juif, il serait devenu un de ces héros du désespoir qui précipitèrent, en voulant redresser Israël, sa ruine nationale.
Il possédait l’œil et le geste du chef, le don de voir la chose à faire, de convaincre les autres qu’elle devait, pouvait être faite. Il enseignait par l’exemple ; il montrait ses mains que le travail avait durcies. Il s’était acquis le droit de dire : qu’est-ce que la faim ? qu’est-ce que les verges ? que sont les périls des routes et de la mer ? Tout cela, Dieu aidant, je l’ai franchi. Imitez-moi.
Sa vaillance confond nos mollesses. Nul coureur d’aventures n’osera comparer ses audaces à celles de l’Apôtre. Son courage avait pour aiguillon l’esprit de triomphe. Il voyait, au bout du stade, la couronne. Mais, au lieu de « courir en vain », il visait au terme infaillible. Il peinait pour la seule gloire du Christ. D’où sa patience inouïe, la patience de ceux qui ne se lassent pas d’espérer. Prodige des prodiges, chez le plus impatient des hommes !
Le signe particulier de Paul, c’est qu’une intelligence subtilement nette sert sa volonté. Mieux qu’un Socrate ou un Sénèque, il regarde au fond de lui-même :
« Je sais que le bien n’habite pas en moi… Le bien que je voudrais, je ne le fais pas ; et le mal que je ne voudrais pas, je le fais[471]… »
[471] Romains VII, 18.