Il aimait, dans un sens étroit, ses frères en Israël. Maintenant sa charité embrasse les âmes des croyants et des infidèles ; il aime en Dieu tout ce qui peut être aimé.
Il n’exerçait qu’un pouvoir éphémère et, pour violenter, pour détruire. A présent, Dieu lui communique une part de son omnipotence. Il chasse les démons, il guérit des malades, il ressuscite des morts.
Les murs d’un cachot, les chaînes ont beau le retrancher du monde des vivants, sa parole sort plus libre que jamais, plus efficace.
Il ne connaissait que les joies terrestres, que la justice des hommes. Et voici qu’il a été ravi jusqu’au troisième ciel. Il attend le triomphe de l’éternelle Justice et la plénitude d’un bonheur dont il ne peut se faire une idée.
Tout cela n’est point le privilège de Paul ; quiconque entrera, par le baptême, dans le royaume du Père, sera, comme lui, l’héritier ; loin d’espérer, pour lui seul, la possession du Seigneur, Paul veut que tous soient sauvés ; il se juge indigne entre les indignes, « le dernier des Apôtres… un avorton, le premier des pécheurs ». Il ne se glorifie que des coups reçus, des opprobres sans mesure ; par là, il est certain de ressembler à son modèle.
Mais avec cette humilité coexiste une conscience dévorante de sa mission. Le Christ et lui ne faisant plus qu’un, il dogmatise en son nom, il se donne comme exemple, il développe toute l’ampleur de son génie.
Ses actes et sa doctrine réconcilient des qualités dissemblables, même, en apparence, incompatibles : la rudesse et la mansuétude ; la dignité et l’abaissement ; l’ironie et l’onction ; la décision foudroyante et la prudence flexible ; l’esprit de liberté et la soumission ; la hauteur contemplative et le sens pratique ; la fidélité aux principes transmis et l’essor vers l’avenir. Ce grand intellectuel est le plus charitable des missionnaires ; ce Juif est le plus universaliste des théologiens.
Paul écrivant à Philémon en faveur du fugitif Onésime, c’est, humainement, le type accompli de la bonté.
Paul pesant les raisons qu’il a, pour lui, de désirer mourir, et, celles, plus fortes, qui lui font souhaiter, pour ses frères, de vivre encore, c’est le type surnaturellement accompli du chrétien.
Ce que peut être un homme et un saint parfait, nous le trouvons en Paul plus absolument qu’en nul autre, Il serait vain de chercher quelle perfection lui fut départie à un degré moindre ; elles se déploient chez lui, dans un merveilleux équilibre ; et, quelle qu’en soit la magnificence, il demeure près de nous ; l’élément originel de sa condition humaine subsiste, converti en vertus ; le Saint est notre frère par ses infirmités ; rien de ce qui lui fut personnel n’est aboli ; il nous aide à entrevoir comment les élus, glorifiés, transformés selon l’effigie du Christ, conservent la figure de leur première vie.