Le Docteur des nations.
Sa théologie est immense ; nul commentaire n’en extraira toutes les richesses. Le plus étonnant peut-être dans sa doctrine, c’est une fermeté précise excluant l’hypothèse d’une formation flottante, d’un assemblage d’éléments épars.
Elle repose sur le dogme du péché d’origine ; cette notion lui vient de la théodicée juive, de l’Ancien Testament[472]. Le mystère de la faute, tangible par ses suites, suffirait à justifier la nécessité de la Rédemption. Tous les hommes ne sont qu’une même chair ; ils se transmettent l’inclination au mal, hérédité d’Adam qui, en plus d’un sens, pourtant, était la préfiguration du Christ « à venir[473] ».
[472] Les plus acharnés à faire de Paul un syncrétiste sont forcés de le reconnaître ; sur ce point, il ne doit rien à l’esprit grec, il le contredit totalement (voir Toussaint, l’Hellénisme et l’apôtre Paul, p. 345).
[473] Voir Rom. V, 14 et le Commentaire de saint Thomas (t. I, p. 76).
Le genre humain n’avait pas en lui de quoi satisfaire ; il fallait un propitiateur. Dieu seul, en se communiquant à sa créature par l’Incarnation, pouvait lui rendre la faculté de redevenir son image. Le Christ a tout réconcilié. Mais, pour sauver des esclaves, il a pris lui-même la forme d’un esclave ; il s’est anéanti jusqu’à la mort, et à la mort la plus infamante. Humiliation annoncée par les prophètes, vérifiée dans l’histoire humaine de Jésus et continuée en ses disciples. Il est ressuscité pour que nous ressuscitions avec Lui, non simplement afin de prouver sa puissance, mais voulant que l’homme récupère en lui, par lui, la vie éternelle. Cette vie est un pur don ; elle s’appelle la béatitude ; elle s’appelle aussi la grâce, effusion de vérité dans l’intelligence, pouvoir, dans la volonté, d’accomplir le bien.
L’assurance du salut acquis, nous l’aurions, même si Paul ne nous l’apportait point. Ce qu’il nous apprend, nous le saurions par les Évangiles et l’enseignement de l’Église. Cependant, sur ces conquêtes essentielles, il ajoute des clartés merveilleuses, il a les paroles du génie inspiré :
« Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance[474]… »
[474] Rom. XI, 29.
« Si par la faute d’un seul la mort a régné du fait d’un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent la surabondance de la grâce et de la justice régneront-ils dans la vie par le fait du seul Jésus-Christ[475]. »