« Voici ! Je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. »

Blasphème ! Il attestait comme une évidence la gloire du Nazaréen, sa résurrection.

Les Juifs n’y tirent plus ; ils se bouchèrent les oreilles, et toute la salle se leva d’un seul élan frénétique, pour entraîner l’impie hors du sanhédrin. Massé vers les portes, le peuple l’accueillit avec des aboiements d’extermination. Pourtant il ne fut pas lapidé à l’endroit même.

Le Lévitique ordonnait : « Fais sortir le blasphémateur du camp[39]. » On emmena Étienne hors de la ville, et, probablement, sur une hauteur, au nord de Jérusalem.

[39] XXIV, 14.

D’après la Loi[40], « à la distance d’environ dix coudées du lieu du supplice », on déshabillait le condamné, on lui disait de se confesser ; « car tous les suppliciés se confessent, et celui qui se confesse aura sa part dans le monde futur »… Le lieu de la lapidation devait avoir une élévation double de la hauteur d’un homme. Les témoins imposaient leurs mains au condamné comme à une victime expiatoire. Un des deux le précipitait ensuite, de façon qu’il tombât au-dessous, et sur le dos, non sur le ventre. « S’il était mort, on ne lui faisait plus rien ; sinon, l’autre témoin lui jetait une pierre sur le cœur ; s’il n’était pas mort, tous les assistants l’achevaient avec des pierres. »

[40] Talmud, Traité sanhédrin, p. 277-280.

Dans le supplice d’Étienne, il n’apparaît pas que les Juifs aient ainsi procédé. Les deux témoins, pour être plus à l’aise, déposèrent leurs manteaux « aux pieds d’un jeune homme qui se nommait Saul ». Mais nous apercevons, aussitôt après, le martyr assailli par les pierres, debout jusqu’à l’instant où il s’agenouille et succombe. Son exécution fut donc tout ensemble rituelle et tumultuaire. Son martyre imita, en abrégé, la Passion du Christ. En méditant son agonie, il s’était disposé à mériter la couronne, comme son nom l’y prédestinait. Le disciple eut infiniment moins à souffrir que le Maître. Il se contenta d’être, à son tour, parfait dans l’immolation.

« Seigneur Jésus, disait-il, recevez mon esprit. » Et, s’étant mis à genoux, il supplia d’une voix puissante : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. »

La doctrine du pardon était au fond même de la Rédemption : quand l’Homme-Dieu a remis par son sang l’offense irrémissible, comment l’homme oserait-il appeler sur ses ennemis une vengeance ? Mais Étienne ne se borna pas à pardonner ; il s’offrait en hostie pour ses bourreaux, pour quelqu’un surtout qu’il connaissait peut-être, Saul dont sa mort préparait la mission.