Comment Saul, après avoir joué dans le martyre d’Étienne le rôle d’un comparse, simple gardien du vestiaire, reparaît-il, peu de temps après, commissaire du sanhédrin, investi d’un pouvoir de haute police qu’il exerce à la façon d’un enragé ? Son zèle, sa véhémence d’exécution l’avaient, sans doute, mis en valeur. Ses qualités de chef s’imposèrent. Dans les crises terroristes, ce sont toujours les jeunes qui prennent la tête du mouvement.
Sur la férocité de sa campagne le narrateur des Actes s’est plu à insister ; par trois fois[43] il la certifie. Saul entrait dans les maisons suspectes, en arrachait les hommes et les femmes, les entassait dans les geôles, les faisait flageller, les contraignait à renier leur foi, ou les ramenait à Jérusalem et, devant les tribunaux, intervenait pour qu’ils fussent menés au supplice.
[43] VIII, 3 ; XXII, 4-5 ; XXVI, 9-11.
Quatre fois aussi[44] dans ses Épîtres, Paul évoque son passé de persécuteur ; s’il n’y revient guère plus souvent, c’est que toutes les églises en savaient les moindres détails.
[44] Galates I, 13-14 ; I Cor. XV, 9 ; Philippiens III, 6 ; Ire à Timothée I, 13.
« Vous avez ouï dire, écrivait-il aux Galates, ma façon d’être dans le judaïsme : que je persécutais à outrance l’Église de Dieu, et que je la dévastais ; et j’allais dans mon zèle pour le judaïsme plus loin que beaucoup de Juifs, mes camarades, défenseur à l’excès des traditions pharisiennes. »
Nous n’avons aucun motif d’induire que Paul, quinze ou vingt ans après, exagérait ses violences pour mieux attester : Je me suis converti malgré moi, sans nul mérite, sans que rien m’y préparât.
L’étrange, c’est plutôt le ton dégagé de sa confession ; pas un mot ne laisse entendre que la mémoire de ses violences l’a bourrelé de remords. Il expliquera très simplement, plus tard, à Timothée, pourquoi il a pu trouver grâce devant Dieu :
« Le Christ Jésus m’a établi dans son service, moi qui étais auparavant blasphémateur, persécuteur, tourmenteur. Il m’a pris en pitié parce que j’avais agi sans savoir, dans le manque de foi. »
Les fureurs de Saul sortaient donc d’un zèle exaspéré pour la religion qu’il croyait uniquement vraie. Ses cruautés trouveraient une explication dans ce mot aigu de Pascal :