« Jamais on ne fait le mal si pleinement ni si gaiement que quand on le fait par conscience. »
Mais il faut aussi comprendre quelle pouvait être l’âme d’un Juif au Ier siècle, ce qu’était le monde autour de lui.
On aurait grand tort de se figurer Israël comme un peuple, avant tout, féroce. Dans son histoire, les traits de miséricorde et de tendresse n’ont rien d’anormal. Sur l’âpreté des tempéraments, le précepte divin posait son onction :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force. »
Entre Iahvé et son peuple, un principe de suavité tempérait la crainte :
« Le Seigneur ton Dieu t’a porté, lui disait Moïse, comme un homme porte (sur l’épaule) son fils tout petit[45]. »
[45] Deutéronome I, 31.
A l’intérieur de la famille, une loi sainte gouvernait les rapports du père et des enfants, des frères et des proches entre eux. C’était une loi exigeant « la circoncision du cœur[46] » ; la bonté, le pardon y tenaient leur place. Avant le père de la parabole évangélique, on s’était souvenu d’Ésaü étreignant dans les larmes Jacob faible, humilié ; de Joseph se réconciliant avec ses frères indignes ; de David pleurant le misérable Absalom et criant : « Qui me donnera de mourir à ta place, Absalom, mon fils, ô mon fils Absalom ! »
[46] Id. X, 16.
Selon le code mosaïque les juges devaient rendre justice au pérégrin comme à l’Hébreu, au petit comme au grand, sans faire acception de personnes, parce que leur jugement « était le jugement de Dieu[47] ». Quand on entrait en guerre, devant une ville ennemie, avant de donner l’assaut, il fallait « lui offrir la paix[48] ». C’était une obligation de respecter durant un mois la femme captive[49].