il se souviendra peut-être aussi de l’inscription assyrienne que portait, non loin de Tarse, la statue de Sardanapale, la statue aux doigts disposés comme si elle voulait les faire craquer :

[72] Voir Ramsay, The Cities of Paul, p. 129.

[73] 1 Cor. XV, 32. Ce proverbe se rencontre dans la Thaïs de Ménandre, mais il était déjà dans Isaïe (XXII, 13), où Paul a dû le prendre.

« Passant, mange, bois, divertis-toi ; car tout le reste ne vaut pas cela[74]. »

[74] Strabon, XIV, V. On voit encore à Tarse une construction massive avec des murailles d’une prodigieuse épaisseur qu’on dénomme le tombeau de Sardanapale.

Les Tarsiens possédaient, à un étrange degré, la facilité qu’ont les Orientaux communément d’apprendre les langues et d’improviser. Les écoles de Tarse envoyaient à Rome des grammairiens et des philosophes. Le stoïcisme y florissait.

Sur les bords du Cydnus, un gymnase célèbre groupait les meilleurs maîtres. Saul, enfant, le fréquenta-t-il ? Apprit-il le grec dans une école juive, près de la synagogue, ou avec un pédagogue, dans la maison de son père ? L’essentiel pour nous, c’est qu’il eut une pleine connaissance de la langue des idées, de l’idiome qui pouvait le mieux rendre universelle sa doctrine. S’il était né à Jérusalem, il l’aurait ignorée ou mal sue. Les rabbins défendaient de l’apprendre aux garçons, sauf, disaient-ils en raillant, « lorsqu’il ne faisait ni jour ni nuit[75] ». Elle était, pour leur méfiance, le véhicule du mensonge païen ; quiconque avait sucé le miel des fables helléniques trouvait dans la vérité des Écritures une amertume.

[75] Talmud. Péa, I ; Josèphe (Antiq., XX, 18) constate le mépris des Juifs pour l’étude des langues profanes.

Mieux encore que le grec, Saul retint ce qu’on apprenait à tous les petits Hébreux, les dix-huit bénédictions de l’Amida, la psalmodie du Hallel. Il vit, dans la synagogue, le lecteur tirer de l’armoire l’étui qui enfermait les rouleaux de la Loi, et, chez son père, le soir de chaque vendredi, s’allumer les lampes du sabbat.

Il reçut aussi les rudiments d’un métier manuel. Nous savons par les Actes[76] qu’il était « un faiseur de tentes ». Rien ne prouve que son père lui-même fût artisan. Mais, selon les docteurs, tout bon Juif devait savoir œuvrer de ses mains ; et le fameux Chammaï exhibait à son oreille le copeau du charpentier.