[80] Actes XX, 35.
[81] I Thessalon. II, 9 : « Nuit et jour au travail pour n’être à charge à personne d’entre vous » ; et I Cor. IV, 12 : « Nous nous épuisons à travailler de nos mains. »
A l’âge où il n’était qu’un apprenti amateur, il ne soupçonnait guère qu’en tissant des poils de chèvre il préparait son apostolat. L’étude des Écritures et les sentences des rabbins le captivaient davantage.
Son père voulut qu’il achevât sa formation de pharisien et de lettré. Vers douze ans, il fit, comme tous les adolescents juifs, un pèlerinage rituel à Jérusalem. Si l’on entend au sens littéral ce qu’il dit aux Juifs[82] de son éducation, il aurait même grandi dans la ville sainte. Mais il ajoute qu’il fut « nourri aux pieds de Gamaliel » ; le fameux rabbi l’aurait-il admis comme auditeur, s’il n’avait eu déjà la maturité d’un étudiant ?
[82] Actes XXII, 3. Le terme qu’il emploie veut dire : nourri en grandissant.
Nous imaginons volontiers Saul, assis aux pieds du maître, les genoux entre ses mains croisées, semblable à ces jeunes musulmans qui, dans les mosquées, font cercle autour d’un imam, silencieux et ravis, les yeux pleins d’une sorte d’extase, tandis que le docteur, derrière une petite table, pérore avec un feu prophétique.
L’éducation d’un étudiant juif se concevrait assez bien d’après celle d’un séminariste dans un milieu sacerdotal fermé. La science qu’il absorbait se ramassait autour de l’Écriture et de la Loi. Il devait posséder à fond le Pentateuque, lire les prophètes, devenir exégète et théologien. Il lisait aussi des écrits ésotériques comme le Livre d’Hénoch, l’Assomption de Moïse[83].
[83] Voir Lagrange, le Messianisme chez les Juifs, passim.
Mais l’exégèse juive se plaisait à l’imprévu des conclusions ; elle accrochait aux textes des allégories, une dialectique retorse et paradoxale. Ainsi, à propos du premier homme :
« Le Saint (béni soit-il) a fait dans le moule d’Adam tous les hommes de la terre, et personne n’est semblable à l’autre. Aussi, chacun doit se dire que le monde a été créé pour lui…