« Dieu a varié dans l’homme trois choses : le visage pour éviter des confusions ; la pensée, afin d’éviter des vols ; la voix, pour éviter (la nuit) des unions illégitimes[84]. »

[84] Baba Bathra, trad. Schwab, p. 270.

Les Écritures elles-mêmes étaient submergées sous les commentaires de la Loi. Retenir sans notes — car il était interdit de noter les décisions des rabbins — tous les cas qu’elle posait, les solutions contradictoires, les possibilités qu’elle impliquait, c’était un travail embrouillé, comme celui d’apprendre le grand alphabet chinois.

Aucun acte ne devait être accompli sans bénir le Seigneur, et chaque bénédiction exigeait une formule spéciale. On ne prononçait pas les mêmes mots, à table, pour bénir des raves coupées en petits morceaux ou des raves coupées en long[85]. Avant de boire, les pharisiens se lavaient les doigts. Mais, selon Chammaï, il fallait d’abord faire cette ablution, ensuite verser l’eau dans le calice ; selon Hillel, verser l’eau avant de se laver.

[85] Voir Marnas, op. cit., p. 26.

Et puis il y avait les ergoteries sans fin sur les impuretés, sur ce qui est permis ou prohibé les jours de sabbat[86]. Il y avait la casuistique des dommages qui entraînent ou non un châtiment :

[86] Faut-il rappeler l’opposition d’Hillel et de Chammaï autour de ce point grave, si, un jour de fête, on pouvait manger un œuf pondu dans la journée ?

« Si un coq, en voltigeant d’un endroit à un autre, cause des dégâts par son contact, le propriétaire sera responsable du dégât entier. Mais, si le dommage est survenu par le vent des ailes, le propriétaire ne doit payer que la moitié de la valeur[87]. »

[87] Baba Gama, trad. Schwab, p. 12.

« Deux ânes se suivent ; l’un glisse et tombe ; puis l’autre arrive, se heurte contre lui et tombe aussi ; enfin le troisième heurte celui-ci et tombe à son tour ; le maître du premier devra payer à celui du deuxième le dommage survenu, et le deuxième au troisième[88]. »