[88] Baba Gama, p. 25.

« Si un homme frappant son père ou sa mère les blesse, ou s’il blesse quelqu’un le jour du sabbat, il ne paie rien, car il est condamné à mort. Si un homme blesse son propre esclave païen, il n’est pas condamné au paiement[89]. »

[89] Id. p. 65.

On ne s’étonnera guère que la logique, chez saint Paul, conserve des traces d’arguties, une tendance aux coudes brusques dans le cheminement des idées[90]. Un trait consigné par le Talmud sur Rabbi Gamaliel, son maître, révèle, s’il est véridique, l’ironie subtile d’un sophiste qui trouve réponse à tout :

[90] De même, les citations composites, ou qui mettent des textes en enfilade, sont une réminiscence des méthodes rabbiniques (voir Prat, Théologie de saint Paul, I, p. 32-33).

« R. Gamaliel allait prendre ses bains à Acco dans une maison de bains qui appartenait à la déesse Aphrodite (le temple de cette déesse, ses prêtres et le personnel étaient entretenus des revenus qu’on tirait de la maison de bains). Un païen nommé Proclus ben Philosophos lui demanda comment il pouvait se permettre d’aller prendre des bains dans une maison affectée au service d’une idole, quand la Loi mosaïque défendait de tirer profit des objets consacrés aux divinités païennes. Une fois sorti, R. Gamaliel répondit : « Je ne vais pas dans le domaine de l’idole, c’est elle qui vient dans le mien ; on n’a pas construit la maison de bains en l’honneur d’Aphrodite ; c’est elle qui sert d’ornement à la maison de bains[91]. »

[91] Aboda Zara, trad. Schwab, p. 212.

Gamaliel, comme son aïeul Hillel, se distinguait par une relative largeur de vues où il corrigeait la casuistique dure, pointilleuse de Chammaï. Il représentait, parmi les pharisiens, l’école libérale. Le langage qu’il tient dans le sanhédrin, au sujet des Apôtres, énonce une bizarre doctrine de laisser faire et de fatalisme providentiel :

« … Et maintenant je vous dis : Écartez-vous de ces hommes et laissez-les ; parce que, si leur volonté, leur œuvre ne sont qu’humaines, elles tomberont d’elles-mêmes. Mais, si elles sont de Dieu, vous ne pouvez les abattre, de peur qu’on ne vous trouve combattant contre Dieu[92]. »

[92] Actes V, 35-39.