Du fait lui-même les Actes[95] consignent trois récits. Les divergences que la critique négative s’est acharnée à grossir entre eux portent sur des nuances qu’il est facile d’harmoniser. Dans le premier, les compagnons « se tiennent muets de stupeur, entendant le son d’une voix, mais ne voyant personne ». Dans le second, ils voient la lumière, mais ne saisissent pas les paroles.

[95] IX, 1-9 ; XXII, 5-11 ; XXVI, 12-18.

Le troisième amplifie davantage les paroles de Jésus. Après avoir dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? » il ajoute : « C’est dur pour toi de ruer contre l’aiguillon. » Et, plus loin :

« Je me suis montré à toi, pour me préparer en toi un serviteur, un témoin des choses que tu as vues et de celles où je t’apparaîtrai, te retirant du peuple juif et des nations à qui je t’envoie, pour leur ouvrir les yeux, afin qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan vers Dieu, et qu’ainsi ils obtiennent rémission de leurs péchés, et une part entre les sanctifiés, grâce à la foi en moi. »

Paul, dans le troisième récit, paraît synthétiser les paroles qu’il entendit sur la route de Damas et celles qui lui vinrent d’autres révélations, ou qui lui furent transmises par Ananie.

Mais la substance des trois est identique ; l’essentiel des termes s’y réitère sans varier.

Les Épîtres elles-mêmes font à la rencontre de Damas des allusions décisives[96]. Paul a dû, tant de fois, redire oralement cette histoire qu’il n’éprouvait aucun besoin de la répéter dans ses lettres. Cependant, lorsqu’il écrit aux Corinthiens :

[96] I Cor. IX, 1 ; id. XV, 8 ; Gal. I, 12-17.

« Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu le Seigneur ? » il confirme absolument le témoignage des Actes. Il a vu le Seigneur, comme les Apôtres l’ont vu après sa résurrection, c’est-à-dire avec ses plaies transfigurées, avec son visage d’homme glorifié par la présence palpable de l’Être divin. Si Paul ose se dire Apôtre, lui, le dernier, le tard venu, l’avorton[97], c’est parce que Jésus s’est montré en sa forme humaine à ses yeux de chair.

[97] Le mot qu’il emploie signifie avec une extrême force : le fruit qu’une femme enfante par la blessure de l’avortement.