L’authenticité du fait s’impose donc à l’historien comme indiscutable. Seule, l’explication mettra toujours aux prises les exégètes chrétiens et les sceptiques. Pour ceux-ci, la résurrection n’existant pas, et le Christ n’étant pas Dieu, Paul a été la proie d’une hallucination ; il l’a d’abord subie, puis fixée hors de lui en la racontant ; de la sorte elle s’est incorporée à sa foi.

Quel système rationnel rendra compte de cette illusion persévérante, dont nul n’ose mettre en doute la sincérité ?

« Baur, qui avait passé sa vie à éliminer les miracles de l’Évangile, confesse que la conversion de Paul résiste à toute analyse historique, logique ou psychologique. En maintenant un seul miracle, Baur les laisse tous subsister. Il a manqué sa vie[98]. »

[98] Paroles prononcées, en 1860, par Landerer, sur la tombe de Baur (voir Prat, op. cit., t. I, p. 47).

Holsten se raidit à construire la série des déductions qui avaient dû acheminer Paul au prodige. L’idée fixe avait abouti à l’hallucination. Mais c’était de la géométrie dans l’espace. Son hypothèse ne démentait pas seulement tous les textes ; elle outrageait les possibilités du mécanisme intérieur ; car une série de théorèmes ne mène pas un homme à une vision qu’il croira vraie jusqu’à sa mort.

Pfleiderer supposa dans l’âme de Saul un double mouvement : l’un qui l’aurait animé contre le Christ, l’autre qui l’aurait porté vers lui. Un beau jour, sans vision, la deuxième aurait prévalu.

Renan s’est couvert de ridicule en imaginant un accident physique[99], cause déterminante de la vision et du changement de Paul. Au mépris de ce que l’Apôtre affirme, il lui prête des remords, des doutes sur la perfection de la Loi.

[99] « Il avait, à ce qu’il paraît, les yeux enflammés, peut-être un commencement d’ophtalmie… Peut-être aussi le brusque passage de la plaine dévorée par le soleil aux frais ombrages des jardins détermina-t-il un accès dans l’organisation maladive et gravement ébranlée du voyageur fanatique » (les Apôtres, p. 179). Et il ajoute cette conjecture gratuite, contraire au texte qui mentionne « le grand éclat du soleil » (Actes XXVI, 13) : « Il n’est pas invraisemblable qu’un orage ait éclaté tout d’un coup. »

Or, M. Loisy le reconnaît, « la critique moderne s’est efforcée bien inutilement de trouver dans le récit même des Actes les traces d’un travail psychologique antérieur ».

Mais, à son tour, parce qu’il veut, à tout prix, échapper au miracle, il fabrique un roman peu original — c’est un mélange de Holsten, de Pfleiderer et de Renan — et bat la campagne sans rien expliquer du tout :