Le consentement au martyre — non l’appétit fanatique du martyre — tel devait être le sceau de son initiation. Il ne disait pas encore : « Mourir m’est un gain », mais déjà il peut proclamer : « Ma vie, c’est le Christ[116]. »
[116] Philipp. I, 21.
Armé de cette présence surhumaine, il se lève pour la conquête du monde. Dieu est en lui, lui en Dieu ; qui donc sera contre lui ?
IV
SES PREMIERS PAS D’APÔTRE
En abordant Saul, Ananie l’avait appelé : « Frère. » La confiance d’une fraternité familiale accueillit le néophyte parmi « les saints » de Damas. Un converti a toujours le privilège d’être choyé ; on fête en lui l’hôte imprévu ou le fils prodigue. La repentance et le baptême effaçaient chez Saul ce qu’on savait de lui. On ne voulait s’en souvenir que pour magnifier Dieu du miraculeux changement. Sa rencontre avec le Seigneur — les disciples le comprenaient — apportait à la Résurrection une preuve d’un autre ordre que le témoignage des Douze : l’évidence involontaire appuyée par la cécité qu’un second miracle, après la double vision, venait de guérir.
Positifs comme les païens, les Israélites avaient besoin de ces concordances palpables, propres à bouleverser des cœurs charnels. Quand ils approchaient Saul, les chrétiens, à travers la flamme de son récit, croyaient toucher le Visiteur invisible. Une certitude renouvelée leur faisait dire : « Le Christ est bien avec nous, comme il l’a promis, jusqu’à ce qu’il revienne ; et il sauve son Église par ceux-là mêmes qui se juraient de l’exterminer. » Saul était un trophée. Les plus clairvoyants pénétraient déjà son avenir : ce petit homme, bâti comme une machine de guerre, tournerait à l’avantage de la Vérité les puissances qu’il égarait contre elle, et centuplées par l’Esprit Saint. Tout le monde, au reste, sentit, dès l’abord, son ascendant ; la violence de sa charité neuve se propagea comme un incendie.
A peine baptisé, il entra dans une synagogue et il annonça de sa voix robuste que Jésus était « le Fils de Dieu[117] ».
[117] Actes IX, 20.
La méthode qu’il inaugure, il y restera, jusqu’au bout, fidèle, malgré les atroces vexations des Juifs. Il aime ses frères, les hommes de sa race ; il veut leur salut, avant celui des autres ; car c’est à eux, les premiers, que l’Évangile a été offert. Aussi, dans toutes les villes, il commencera par tenter leur conversion.
D’autres motifs d’apostolat lui désignaient comme lieu de prédication les synagogues. Elles n’étaient pas seulement des salles de prière pour les Juifs circoncis. Sur les bancs de marbre, le long des murs, venaient s’asseoir, aux heures des réunions, ceux qu’on dénommait « les craignant Dieu », des païens dégoûtés des idoles et qu’attirait le monothéisme d’Israël, la netteté du Décalogue, la vigueur intransigeante des principes juifs. Saul songeait à ces prosélytes, pressentait leur conversion plus facile que celle des docteurs.