[122] Pour le sens de cette expression, voir Rom. II, 16 ; XVI, 25 ; Tim. II, 8 ; II Cor. IV, 3 ; I Cor. XV, 1 ; Gal. I, 11 ; II, 2.

A Damas, porta-t-il, de synagogue en synagogue, ces hardiesses ? Les Actes n’en disent rien. Sa prédication paraît avoir surtout causé une surprise énorme : « Comment ! Celui qui dévastait la secte nazaréenne, il soutient à présent que Jésus, c’est le Messie ! »

On l’écouta d’abord par curiosité. Mais le fanatisme israélite se mit sur ses gardes. Saul fut jugé, comme il avait jugé les disciples du Christ, un renégat. Son cas s’aggravait d’une sorte de trahison officielle. Quoi donc ! Le sanhédrin l’avait chargé de poursuivre les hérétiques dangereux, et il se faisait le héraut de leur apostasie ! C’était absurde et scandaleux !

Les docteurs de la ville l’attaquèrent furieusement ; il leur tint tête. L’obstacle excitait son énergie, comme la pierre, sur le passage du torrent, le fait rebondir plus haut qu’elle. Il confondit leurs objections. Exaspérés, ils préparèrent contre lui des violences. Il ne brava point ce péril de mort. Au bout de quelques jours, il partit.

Lui-même a rappelé[123] qu’il prit le chemin du désert : « Je m’en allai en Arabie. » Trois mots pour une période de trois ans, c’est peu.

[123] Gal. I, 17.

Qu’alla-t-il faire en Arabie ?

On a supposé qu’il se recueillit, comme Moïse, dans la solitude. Saul, au pied du Sinaï, méditant sur l’ancienne et la nouvelle Alliance, ce thème serait beau pour une amplification romanesque. Il a parlé quelque part du Sinaï, mais dans un sens purement allégorique :

« Le Sinaï est une montagne d’Arabie correspondant à la Jérusalem actuelle qui est esclave avec ses fils[124]… » Nul indice ne confirme qu’il ait séjourné dans ces régions. Assurément, il utilisa, pour des heures contemplatives, le silence des espaces sans routes et sans maisons. Mais le désert, pas plus que la mer, ne pouvait l’arrêter longtemps. A cet égard, comme à bien d’autres, il tourne le dos aux prophètes d’avant le Christ. Les images qui, d’elles-mêmes, s’insèrent dans son éloquence sont des métaphores de citadin, d’homme sociable qui prend plaisir à voir des maçons tailler des pierres, des cohortes en armes défiler, même des athlètes courir dans le stade, d’un homme qui sait la valeur de l’épargne et des échanges commerciaux.

[124] Id. IV, 24.