Le Christ l’avait élu pour qu’il portât son nom devant les peuples. Selon toute vraisemblance, à Pétra, ou parmi les montagnards du Hauran, il essaya d’implanter l’Évangile. Les colonies juives étaient d’ailleurs nombreuses en un pays qui servait de passage aux plus lointaines caravanes, aux tapis de la Perse et aux perles de l’Inde. S’il n’a jamais évoqué cette mission, c’est qu’elle n’aboutit à aucun établissement durable ; de même il sous-entendra son voyage à Chypre, ayant remis à Barnabé tout le soin de l’Église qu’ils y fondèrent.
Avec sa confiance magnifique, il revint à Damas, comme il repassera par Lystres, Iconium, Antioche de Pisidie, après avoir été chassé de ces trois villes, et, à Lystres, lapidé.
A Damas, les chefs des synagogues avaient, comme on s’en doute, signalé sa défection au grand sanhédrin de Jérusalem, aux princes des prêtres. Ceux-ci n’avaient pu qu’ordonner de saisir le traître et de le ramener à leur tribunal où il recevrait le châtiment de sa forfaiture.
Mais Saul était alors loin de Damas ; et, quand il y rentra, Rome avait repris d’une main forte les rênes de l’Orient. Citoyen romain, il était protégé contre une arrestation arbitraire, même contre une expulsion. Les Juifs, pour se défaire de lui, complotèrent de l’assassiner. Il l’apprit, se cacha, se préparait à s’enfuir. Afin de rendre l’évasion impossible, les Juifs s’assurèrent la complicité de l’ethnarque, officier au service du roi arabe Arétas, à qui incombait la police de la ville[125]. L’ethnarque fit garder par des soldats toutes les portes.
[125] L’histoire de la Syrie, dans ces années-là, est fort trouble. Il est très simple pourtant d’admettre la présence simultanée de l’autorité romaine et d’une police locale qu’exerçaient les indigènes. C’est ainsi que nous procédons encore en Syrie.
Les « disciples » ménagèrent à Saul un moyen aventureux de s’échapper. L’un d’eux habitait, dans un faubourg, une maison dont les fenêtres surplombaient le rempart. En pleine nuit, on descendit par là Saul caché au creux d’une corbeille d’osier ronde, une corbeille pour le pain ou le poisson.
Paul, plus tard, commémora cette fuite[126] en glorifiant le Seigneur de l’avoir dérobé au poignard de ses ennemis.
[126] II Cor. XI, 32-33.
Une témérité, qui semblerait excessive, si l’Esprit n’avait dirigé ses pas, le conduisit à Jérusalem ; là, d’autres embuscades le guettaient.
Son désir était grand de voir Pierre, le premier des Douze, et de « l’interroger[127] ». Il voulait connaître aussi Jacques, le parent du Seigneur, et Jean, ceux qui « passaient pour être des colonnes[128] ».