[127] Gal. I, 18.
[128] Id. II, 9.
Ce séjour dans la ville sainte allait être une des grandes épreuves du converti.
Les Juifs, au début, ne paraissent pas l’avoir inquiété. Trois ans après l’événement de Damas, la persécution juive était finie. Rome interdisait au sanhédrin toute violence tyrannique. Malgré son privilège de citoyen romain, Saul s’exposait pourtant à des représailles. Mais une humiliation acerbe l’attendait. Il tenta d’entrer en rapports avec les disciples, de « se coller à eux[129] », dit naïvement le narrateur. Tous avaient peur de lui, « ne voulaient pas croire qu’il fût vraiment un disciple ». Le miracle de sa conversion s’était accompli au loin ; quand on en parlait, on secouait la tête. Le parti judaïsant devait savoir sa prétendue mission de mettre, dans l’Église, les gentils baptisés au rang des chrétiens nés Juifs. Il sema derrière lui de méchants soupçons. Rien ne pouvait être plus dur à Saul que de sentir niées sa loyauté et l’évidence du fait divin.
[129] Actes IX, 26.
Les Douze le tenaient à l’écart, prudents comme il convient à des chefs. Mais Saul aborda Barnabé, homme d’un naturel entreprenant, généreux, semblable au sien. Ils fraternisèrent aussitôt. Barnabé crut au miracle, à l’inspiration de Saul ; il pénétra l’avenir d’un tel compagnon, et, mettant sa main dans la sienne, il l’introduisit auprès des Apôtres.
Prodigieuse rencontre de Paul et de Pierre, des héros qui allaient s’emparer du monde avec deux bâtons mis en croix !
Saul raconta comment le Seigneur s’était montré sur la route et lui avait parlé ; puis son entrée hardie dans les synagogues de Damas où, par sa voix, Jésus fut annoncé comme le Fils de Dieu.
Son récit émerveilla Pierre, Jacques et Jean. L’enthousiasme de Saul, sa puissance irradiante de conviction les transportèrent. En un moment il devint leur ami. Ils sortirent avec lui dans les rues de Jérusalem. Saul visita les lieux où s’étaient déroulées les souffrances du Christ. Il « interrogeait » sur lui ceux qui avaient mangé et bu en sa compagnie après sa Résurrection.
Il confrontait avec leurs principes d’apostolat les siens. Pierre, semble-t-il, n’avait pas encore eu la vision de Joppé ; il croyait, en bon Juif, devoir s’abstenir des aliments impurs ; il subissait les préventions nationales au sujet des idolâtres ; il avait quelque peine à n’établir aucune différence entre les chrétiens circoncis et les païens baptisés. Cependant il admettait que le don de la pénitence et de la justice appartient à tous.