Saul entreprit de lui faire un esprit plus large ; d’autre part, il reçut de l’Apôtre une connaissance plus riche des traditions évangéliques. Beaucoup de choses lui avaient été révélées par le Seigneur lui-même[130]. Mais, sur la manière d’interpréter les dogmes, d’administrer les sacrements, ces entretiens ouvraient des questions multiples.

[130] I Cor. XI, 23 : « Pour moi, j’ai appris du Seigneur — et je vous l’ai enseigné aussi — que le Seigneur Jésus, la nuit qu’il fut livré, prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous… »

A Jérusalem, Saul se retrouva en face des gens qu’il avait connus avant sa conversion, et principalement, des Juifs hellénistes, ciliciens, syriens, cyrénéens. Il se mit à disputer contre eux ; il voulut leur démontrer que le Messie était venu, que tous les hommes étaient appelés au salut.

Ils s’irritèrent d’une doctrine outrageante pour la fierté juive. Saul devenait un péril public ; il fallait le mettre hors d’état de nuire. Comme à Damas, on résolut de l’exterminer.

Prévenu, Saul ne se résignait pas à la fuite. Malgré l’obstination imbécile de ses ennemis et les méfiances persistantes des judaïsants, il voulait travailler à la rédemption de ses frères. Mais une vision changea ses plans. Comme il priait dans le Temple, il eut une extase et il vit Jésus qui lui disait :

« Sors en hâte de Jérusalem, parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage sur moi. »

Saul, se défendant contre une injonction qui le déconcertait, opposa :

« Seigneur, ils savent que je menais en prison et que je violentais dans les synagogues ceux qui croyaient en toi. Et, quand on versait le sang d’Étienne, ton témoin, j’étais là, j’approuvais, et je gardais les vêtements de ceux qui le mettaient à mort. » (Donc, sous-entendait-il, mon témoignage aura pour eux plus de force qu’un autre.) Mais Jésus lui répéta :

« Pars ; je vais t’envoyer au loin chez les gentils[131]. »

[131] Actes XXII, 17-21.