Cette vision, comme toutes celles que nous connaissons dans la vie de saint Paul, porte ce signe original d’être totalement involontaire. Il ne cherchait point les révélations. Elles se présentaient à l’improviste, quand il avait besoin d’être éclairé ou conforté ; et il n’en retenait que l’élément intellectuel. Il ne fut pas un visionnaire à la façon d’Ézéchiel ou de Jean ; on supposerait difficilement l’Apocalypse dictée par lui. Son génie est, en somme, peu créateur d’images apocalyptiques. Dans ses prévisions sur la fin des temps[132], il renvoie à une catéchèse orale, se contentant d’allusions sommaires aux approches de la Parousie. Certes, il désira le retour du Christ dans sa gloire, comme l’espéraient tous les disciples, comme nous devons nous-mêmes l’espérer[133]. Venez, Seigneur, c’est toute l’attente des chrétiens[134]. Paul, quand il appliquait à Jésus, devant les Juifs, les textes des prophètes qui montrent le Messie, tantôt humilié, tantôt triomphant, leur exposa bien des fois l’argument dont les accablera Tertullien[135] : il faut concevoir deux Avents du Christ ; une première fois, il s’est manifesté sous la figure de la Victime. Mais il reparaîtra, selon sa parole, avec des légions d’Anges, dans la splendeur du feu et l’éclat des trompettes, sur la majesté des nuées.

[132] II Thessal. II.

[133] Voir sur ce point le catéchisme de Trente.

[134] Les deux mots araméens qu’on répétait dans les assemblées chrétiennes, Maran Atha, répondaient à cette attente, ils signifiaient : Venez, Seigneur ; ou : Je viendrai vite.

[135] Adversus Judaeos, ch. XIV.

En attendant, l’Apôtre possédait la Présence mystique, l’intimité de l’Esprit, et, parfois, il était ravi jusqu’au troisième ciel, là où il percevait « ces mots ineffables qu’il n’est pas licite à un mortel de redire[136] ». Il entendait, aux tournants décisifs de sa route, la voix qui redresse et fortifie.

[136] II Cor. XII, 4.

Sa première vision, à Jérusalem, lui précisa l’objet de son avenir : à Pierre, le soin des églises juives d’origine ; à lui, la moins belle part, la plus humble, les incirconcis.

Et c’est pourquoi il écrira aux Galates qu’il a quitté Jérusalem « inconnu de visage aux églises de Judée qui sont dans le Christ. On y avait simplement entendu dire : Celui qui nous persécutait annonce aujourd’hui la foi qu’il dévastait. Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet[137] ».

[137] I, 22-24.