Est-ce par libre choix qu’il prolongea cette pause ? Ou lui fut-elle imposée comme un temps d’épreuve par le Maître qu’il suivait en esclave obéissant ?

On voudrait pouvoir atteindre le travail de sa pensée, la croissance mystique de la doctrine au dedans de lui.

Les historiens qui s’évertuent à l’helléniser[140] ont prétendu qu’à Tarse il aurait étudié les mystères et les philosophies de l’Hellade, pour en faire la synthèse dans sa théologie.

[140] Voir Toussaint, l’Hellénisme et l’apôtre Paul ; Loisy, les Mystères païens et le Mystère chrétien.

Au dire de Loisy, « l’idée d’une mort divine dont le salut s’étend aux hommes de tous les temps était dans les mystères » ; Paul l’aurait adaptée à la théodicée juive, simplifiée, universalisée.

Conjecture démentie par les origines de la foi chez Paul : il a cru en Jésus rédempteur, parce qu’il l’a vu ; il n’a pas construit une figure de songe, et, autour d’elle, un système qui fût son œuvre. Sa réflexion travaillait sur des réalités qu’il n’avait point faites, dont il se souvenait.

Il savait que la chute d’Adam a transmis un principe de mort. Cela, il ne l’inventait pas, il ne l’avait pas reçu des fables grecques, mais de la tradition juive, du Psalmiste qui se lamentait : « Voici que ma mère m’a conçu dans le péché[141]. »

[141] Ps. L, 7.

Il savait, en même temps, depuis sa conversion, que le Christ s’est fait péché pour expier les offenses de tous les hommes, qu’étant le Fils de Dieu il a vaincu la mort, qu’il a pris une forme d’esclave afin de nous diviniser en Lui. Paul, entre la faute et la rémission, découvrait le rapport logique ; il s’expliquait, autant qu’elle lui était possible, la magnificence du plan divin.

Ses idées sur la rédemption ne lui vinrent donc pas des mystères. On peut se demander s’il les connut, sauf par ouï-dire. A supposer qu’il fût instruit des rites de Dionysos, d’Isis et de Mithra, il en eut horreur, comme d’idolâtries démoniaques. Leur influence a été nulle sur son esprit.