Admettons qu’il ait entendu raconter la mort du dieu Osiris et sa résurrection, cette fable symbolique lui aurait simplement fait hausser les épaules. Mais, si un fidèle du dieu égyptien avait opposé à la vie du Christ ressuscité la renaissance de son idole, l’Apôtre l’eût sans doute embarrassé par cette question :
— Dans les douleurs et la seconde vie de votre dieu, quelle part avez-vous ?
— Aucune, eût répondu le païen. Osiris jouit dans sa gloire et n’a plus besoin de nous.
Alors, quoi de commun entre Osiris et Jésus, « image du Dieu invisible, engendré avant toute créature ? En lui toutes choses ont été créées, dans le ciel et sur la terre, les visibles et les invisibles… par lui Dieu s’est tout réconcilié, en son corps de chair, par le sang de sa Croix, et avec lui j’achève ce qui manque à ses souffrances, pour son corps qui est l’Église[147] ».
[147] Coloss. I, 15-24.
De même, si un myste d’Éleusis lui avait vanté ses abstinences, il lui eût répliqué avec sa rudesse paradoxale :
— On te dit : « Ne prends pas ! Ne goûte pas ! Ne touche pas ! » Tout cela, règlements, enseignements des hommes ! Ces choses ont une apparence de sagesse, d’humilité, de mépris du corps. Elles ne valent que pour assouvir la chair[148] ».
[148] Id. II, 22-23. « Assouvir la chair » signifie : satisfaire une piété tout extérieure.
Mais, si le même initié, ayant ouï dire que les chrétiens buvaient ensemble la coupe du sang mystique et rompaient le corps de leur dieu, avait osé nommer devant Paul la communion liturgique où les dévots s’exaltaient avec un breuvage d’eau, de farine d’orge et de menthe, le Saint eût jeté sur cet aveugle un regard douloureux, en murmurant la prière eucharistique :
Nous te rendons grâce, ô notre Père,