Pour la sainte vigne de David ton serviteur,
Que tu nous as fait connaître par Jésus ton fils.
A toi gloire dans les siècles des siècles[149].
[149] Cette oraison liturgique, transmise dans la didaché (petit manuel de catéchèse chrétienne, rédigé vers la fin du Ier siècle) est peut-être contemporaine des Apôtres.
Les Épîtres donneront place à certains termes, comme le mot « mystère », à des images qui, pour des initiés, rendaient un son connu. Là où Paul dit que « le Père nous a délivrés de la puissance des ténèbres et transférés dans le Royaume du Fils de son amour[150] », c’est une perspective, en apparence, analogue à l’antithèse de la sphère d’Adès et de la clarté des vivants. Mais il loge sous des images populaires, universelles, un sens nouveau, des certitudes divines, l’anticipation de choses vraies soutenues par des témoignages, des visions et des miracles.
[150] Coloss. I, 18.
Les mystères ont retardé plutôt que préparé la conversion du monde à l’Esprit du Christ. Ils leurraient d’un mysticisme commode l’inquiétude religieuse. Leurs adeptes obtenaient à bon marché le salut par des cérémonies et des purifications externes, semblables à celles qui suffisent aux croyants de Mahomet. Les thiases, les confréries d’initiés, quand la propagande chrétienne les pénétra, se prêtèrent à devenir des communautés charitables. Mais, tant qu’ils y résistaient, ils opposaient à la foi des milieux plus fermes que la masse des idolâtres demeurés vis-à-vis d’anciens dieux inertes. Pourquoi les adorateurs d’Isis eussent-ils préféré au culte d’une déesse heureuse un crucifié n’offrant en héritage aux siens, pour mériter la couronne, que le bois de son gibet ? Les spirites et les théosophes, parce qu’ils ont un semblant de vie surnaturelle, sont des païens plus difficiles que d’autres à tourner vers le Rédempteur.
Paul n’utilisera même pas au profit de l’Évangile des affinités superficielles qu’il discernait fausses et sacrilèges.
Il avait obtenu la liberté des fils de la lumière ; était-ce pour s’assujettir à ce qu’il appellera « l’alphabet du monde[151] » ?
[151] Coloss. II, 20. Ce mot désigne peut-être le culte des divinités astrales.