Paul et Barnabé démasquèrent aussitôt cet intrigant plus dangereux qu’un idolâtre, car il dupait les âmes par un attrait de connaissances transcendantes et de fausse ardeur spirituelle.
Sur ces entrefaites, le proconsul fut averti que deux missionnaires semaient dans la province une parole nouvelle. Il désira les connaître, et l’énergie simple de leur foi l’étonna. Cependant, Élymas, qui sentait ébranlé son crédit auprès de Sergius Paulus, s’évertuait à contre-battre leur ascendant ; il les calomniait avec une maladroite insistance.
Les Apôtres vinrent à le savoir ; Paul résolut de briser l’adversaire et, le rencontrant, il planta sur lui ses yeux de flamme ; emporté par une inspiration, il l’apostropha en des termes effrayants :
« O le gonflé de fraude et de méchanceté, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de brouiller les voies droites du Seigneur ? Et maintenant, voici la main du Seigneur sur toi, et tu vas être aveugle, ne voyant pas le soleil, jusqu’à un temps. »
A l’instant un brouillard, puis des ténèbres tombèrent sur les yeux d’Élymas ; et, pour marcher, il étendit les mains, cherchant quelqu’un qui le conduisît.
Scène foudroyante, indiquée avec la concision primitive du narrateur des Actes, sans commentaire ni jugement, mais d’une portée profonde, et, à vrai dire, unique.
C’est la seule fois[189], dans l’histoire connue de Paul, qu’il manifeste le pouvoir miraculeux de châtier un impie, et il en use pour le salut des hommes. Ne faisant qu’un avec le Maître des vivants et des morts, il lui emprunte sa toute-puissance ; il n’hésite pas une minute ; il sait que la chose sera faite, parce qu’il la veut selon le Christ, en vue de sa gloire. Il prévient Élymas qu’il va devenir aveugle ; Élymas perd subitement la vue. L’acte de Paul a prouvé d’abord l’absolu de sa foi, la force divine dont il dispose. Mais l’étrange est qu’il inflige à Élymas la cécité, comme à lui-même le Seigneur l’infligea. Élymas est un Juif ; le voile qui fut ôté des prunelles de Saul, Paul en fait sentir au malheureux l’accablement, dans l’espoir qu’Israël comprendra, s’humiliera. Élymas ne va être aveugle que pour un temps ; sans doute, jusqu’à ce qu’il renonce aux sortilèges, aux désirs cupides. La possibilité de sa conversion présage celle du peuple juif, à la fin des siècles. En attendant, la victoire de Paul convertit le proconsul romain.
[189] A l’annonce du scandale corinthien (l’homme qui vivait avec la femme de son père), il articulera contre l’indigne une excommunication atteignant son corps : « Qu’un tel homme soit livré à Satan pour la ruine de sa chair, afin que son esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus (I Cor. V, 5) ». Mais nous ne savons pas si la menace de l’Apôtre fut accomplie.
Sergius Paulus, « ayant vu ce qui était arrivé, crut, frappé d’admiration devant la doctrine du Seigneur ».
Chez un personnage officiel, forcé de participer en public au culte des dieux et de César, on a nié qu’un changement de religion fût vraisemblable. Mais il est dit simplement que Sergius eut la foi. Se déclara-t-il chrétien ? Reçut-il sur-le-champ l’eau du baptême ? Nous l’ignorons.